Versos French Camille Saint-Saëns Scène Première

French poem

Scène Première

by (1835–1921)

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Un bois. BOTRIOCÉPHALE, seul. Il est très jeune, adolescent, d'une grosseur énorme et d'une laideur repoussante.

BOTRIOCÉPHALE.

En vain j'en ai douté longtemps... je suis fort laid. Un Faune n'est jamais très joli; mais il est Des laideurs... vous savez bien ce que je veux dire, Et ce n'est pas du tout mon cas. J'apprête à rire! Aussi large que haut, disgracieux, ventru, Si je parle d'amour je suis un malotru. --Une Nymphe s'enfuit: c'est pour qu'on la rattrape Dans les saules; sa fuite est l'amoureuse trappe Où se prend la candeur des Faunes ingénus Immolés par Éros à sa mère Vénus.

On adresse en passant une parole osée Aux belles dont les pieds s'étoilent de rosée: Les belles font semblant d'avoir peur. Avec moi C'est différent: j'excite un redoutable émoi, Car je n'ai jamais fait mes frais. Sort misérable! J'attendrirais plutôt le chêne ou bien l'érable Au coeur dur, le rocher par Sisyphe roulé, L'enclume de Vulcain, le fils de Sémélé, Hercule, que la Nymphe aux yeux de violette Qui bondit en chantant sur les flancs de l'Hymette! Rester vierge est mon lot...--pour apaiser ma faim Allons chercher des fruits, de la crème et du pain.

Il sort tristement.