Versos French Chapelle Lettre à Molière (« Votre lettre m’a touché très sensiblement »)

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Lettre à Molière (« Votre lettre m’a touché très sensiblement »)

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Jeune et foible, rampe par bas Dans le fond des prés, et n’a pas Encor la vigueur et la force De pénétrer la tendre écorce Du saule qui lui tend les bras. La branche, amoureuse et fleurie, Pleurant pour ses naissants appas, Toute en sève et larmes, l’en prie, Et, jalouse de la prairie, Dans cinq ou six jours se promet De l’attirer à son sommet.

Si nous en voulons croire Homère, Ce fut la plus terrible affaire Qu’eut jamais le grand Jupiter. Pour mettre fin à cette guerre, Il fut obligé de quitter Le soin du reste de la Terre.

Car Pallas, bien que la déesse Du bon sens et de la sagesse, Courant partout le guilledou Avec son casque et son hibou, Passa pour folle dans la Grèce ; Et lui, qui l’aime avec tendresse, Pensa devenir aussi fou.

Sa Junon, la grave matrone, Sa compagne au céleste trône, Devint une dame Alison En faveur de Lacédémone ; Jurant que le bon roi grison En auroit tout du long de l’aune, Et que tous ceux de sa maison En seroient un jour à l’aumône.

Mais de l’autre côté Cypris Donna congé pour lors aux ris, Aux jeux, aux plaisirs, à la joie, Et, prenant l’intérêt de Troie, S’arma pour défendre Pâris.

Le bonhomme aussi Neptunus, Gagné par sa nièce Vénus, Et Phébus, l’archer infaillible, Devant qui le fils de Thétis Ne se trouva pas invincible, Firent tous deux tout leur possible Pour les murs qu’ils avoient bâtis.

Voilà l’histoire. Que t’en semble ? Crois-tu pas qu’un homme avisé Voit par là qu’il n’est pas aisé D’accorder trois femmes ensemble.

Fais-en donc ton profit ; surtout, Tiens-toi neutre, et, tout plein d’Homère, Dis-toi bien qu’en vain l’homme espère Pouvoir jamais venir à bout De ce qu’un grand Dieu n’a su faire.