French poem
Triptyque
by Charles Le Goffic (1863–1932)
Octobre est venu : Une route droite, Qui file et miroite Sur un plateau nu ;
De grises nuées, Vers Crec’h-Daniel, Traînant dans le ciel, Comme exténuées ;
À l’angle d’un champ Un mouton qui broute ; Au bord de la route Un chaume penchant.
Jusqu’à l’Île-Grande, Pas d’autre maison : Pour tout horizon La lande, la lande…
Ces croupes que fouaille Un vent forcené, Ce sont les Méné De la Cornouaille.
Clameurs, bonds d’effroi. Tout en eux m’agrée : Car je suis l’Arrhée, Leur pâtre et leur roi.
Sur leur maigre échine, D’Evran au Relecq, Le vent ronfle avec Un bruit de machine.
J’emplis mes poumons De sa rauque haleine Et pais dans la plaine Mon troupeau de monts.
Las d’errer sans guide, Depuis le Roudou, Dans ce matin d’août Brumeux et languide,
Nous nous allongeons Au pied d’un Christ hâve, Pointant, morne épave. D’une mer d’ajoncs.
Mais cette marée De genêt roussi Soudain nous transit D’une horreur sacrée.
Et, brusque ferveur, La croix de détresse À nos yeux se dresse Comme un mât sauveur !