French poem
Lxv
by de Meun Jean
Com Faulx-Semblant et Abstinence Pour l'Amant s'en vont sans doubtance Saluer le faulx Male-Bouche Qui des bons souvent dit reprouche.
Encliné l'ont moult humblement; Astenance premierement Le salue, et de li va près; Faus-Semblant le saluë après, Et cil eus: mès onc ne se mut, Qu'il nes douta, ne ne cremut: Car quant véus les ot où vis, Bien les congnut. Ce li fu vis Qu'il congnoissoit bien Astenance, Mès n'i sot riens de contraignance, Ne savoit pas que fust contrainte Sa laronnesse vie fainte;
Il tient, comme par impotence, 12763. De trahison une potence, Et dans sa manche il a glissé Un rasoir d'acier aiguisé, Qu'il fit forger en une forge Que l'on appelle coupe-gorge. Ainsi, tous deux clopin-clopant, Ils s'en allèrent cheminant, Tant que du castel s'approchèrent, Et Malebouche rencontrèrent Qui sur sa porte se tenait Et tous les passants regardait. Il voit nos pèlerins qui viennent, Qui moult benoîtement se tiennent.