Versos French Edmond Rostand Ii

French poem

Ii

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«Ah! disaient ces mots en larmes, Nous sommes pourtant les mots, Vos amis, vos fleurs, vos armes, Vos talismans, vos émaux!

«Nous sommes pourtant les gnomes Tueurs de géants, les nains Affranchisseurs de royaumes Et souleveurs d’Apennins!

«C’est nous les poneys espiègles Qui dans votre cour piaffons, Et les attelages d’aigles Crevant du vol vos plafonds!

«C’est nous le clown et le page Qui portons masque ou haubert, Et qui faisons du tapage Dans le gueuloir de Flaubert;

«C’est nous l’hermine et la toile, L’auréole et le bonnet; Nous venons avec l’Étoile Aussitôt qu’un Rêve naît;

«C’est nous les petits Rois Mages Apportant dans nos doigts bruns L’Or et l’Encens des Images, Et la Myrrhe des Parfums!

«C’est nous...» Mais, comme d’un gouffre, Des cris montaient derechef; On criait: «Grâce!--Je souffre! --Nous souffrons, avec deux f!

--«Depuis quand est-il infâme Qu’un sein rose ait un jumeau? En coupant une m à femme Vous amazonez ce mot!»

On criait: «Où donc, tonnerre! M’aller cacher, éclopé. En me traînant sur une r, En sautant sur un seul p?

--«Ils ont fait de nous des crabes! Vengeance!--Nous témoignons Que nous avions des syllabes En brandissant des moignons!

--«Mais ces monstres qu’on fabrique, Qu’en veut-on faire?--Bourreau, Veux-tu doter d’un lexique L’Ile du Docteur Moreau?

--«Toi qui viens, tortionnaire, De m’arracher mon sternum, Est-ce qu’un dictionnaire T’est commandé par Barnum?»

Tremblant sous l’acier qui grince: «Ah! Seigneur Grammairien, Hurlait un Verbe, ta pince Ne me laissera donc rien?

«Épargne-moi, je suis neutre!» Mais, calme sous le couteau, Un vieux mot coiffé d’un feutre Parla dans un in-quarto: