French poem
Le Carillon De Saint-Mamet
Le Carillon de Saint-Mamet Tinte quand d'or le ciel se teinte; Comme si le soir s'exprimait, Le Carillon de Saint-Mamet Mystérieusement se met A tinter dans l'air calme... Il tinte, Le Carillon de Saint-Mamet, Tinte, quand d'or le ciel se teinte!
Qui plaint-il, qu'est-ce qu'il promet, Ce chant de promesse et de plainte? Plaint-il les gens de Saint-Mamet Ou bien nous?... Est-ce qu'il promet Le pardon du mal qu'on commet Dans l'âpre course où l'on s'éreinte? Qui plaint-il? Qu'est-ce qu'il promet, Ce chant de promesse et de plainte?
Mon coeur, croyant qu'on lui parlait, Frissonnait à ce chant qui tinte, Quand j'étais un enfantelet! Mon coeur croyait qu'on lui parlait... Ah! je voudrais encor qu'il ait Cette délicieuse crainte! Mon coeur, croyant qu'on lui parlait, Frissonnait à ce chant qui tinte!
L'odeur des herbes qu'on brûlait Disait bientôt l'automne atteinte. Une chauve-souris volait. L'odeur des herbes qu'on brûlait Venait jusqu'à notre chalet, Et nous avions la gorge étreinte. L'odeur des herbes qu'on brûlait Disait bientôt l'automne atteinte.
Levant les yeux de son ourlet, La servante disait: «Il tinte!» Et regardait vers le volet, Levant les yeux de son ourlet! Ce tintement la consolait D'être à d'humbles choses astreinte. Levant les yeux de son ourlet, La servante disait: «Il tinte!»
La femme qui nous vend du lait Se signait mainte fois et mainte; Vite mettant son capulet, La femme qui nous vend du lait Vers la petite église allait; Et, des morts traversant l'enceinte, La femme qui nous vend du lait Se signait mainte fois et mainte!
Le Carillon de Saint-Mamet Ne tintait pas mieux qu'il ne tinte; Mais, alors, comme il nous charmait, Le Carillon de Saint-Mamet! La mère de ma mère aimait L'écouter, la bougie éteinte... Le Carillon de Saint-Mamet Ne tintait pas mieux qu'il ne tinte.
Mais notre vie, alors, coulait Plus profonde d'être restreinte! Comme un ruisseau sur le galet, Ah! notre vie, alors, coulait! Nous n'avions qu'un petit valet, Mais qui chantait une complainte... Et notre vie, alors, coulait Plus profonde d'être restreinte!
Le volubilis violet Se mêlait à la coloquinte; L'humble barrière où s'enroulait Le volubilis violet N'était pas encor ce qu'elle est: Une belle grille bien peinte! Le volubilis violet Se mêlait à la coloquinte!
Toute aube sent le serpolet. J'ignorais le mal et la feinte. J'avais une âme d'oiselet. Toute aube sent le serpolet. Ah! si j'avais su qu'il fallait Devenir Alceste ou Philinte! Toute aube sent le serpolet. J'ignorais le mal et la feinte.
Le Carillon tintait, fluet! Au salon de perse déteinte Ma soeur jouait un menuet. Mais, quand tintait le son fluet, Le menuet diminuait Pour écouter le son qui tinte... Le son, alors, entrait, fluet, Au salon de perse déteinte.
Dieu! pourrait-on, si l'on voulait, Te ravoir, simplicité sainte? Reboire au premier gobelet? Le pourrait-on, si l'on voulait? C'est pourtant d'un oignon bien laid Qu'on revoit fleurir la jacinthe! Dieu! pourrait-on, si l'on voulait, Te ravoir, simplicité sainte?
Une étoile se rallumait Sur le val, obscur labyrinthe. Au-dessus de chaque sommet Une étoile se rallumait Quand la cloche de Saint-Mamet Tintait!... Oh! si, lorsqu'elle tinte, Une étoile se rallumait Sur la vie, obscur labyrinthe!
O Carillon de Saint-Mamet, Tinte, quand d'or le soir se teinte! Dans l'air bleu qui nous le transmet, O Carillon de Saint-Mamet, Tinte ce tintement qui met Plus de calme en notre âme!... Tinte, O Carillon de Saint-Mamet, Tinte, quand d'or le soir se teinte!