French poem
Litanies
by Édouard Dubus (1864–1895)
Écrin dont les joyaux tentateurs sont les vices Constellés de rubis saignés des mains novices ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Claire fontaine, où tout venant se désaltère, Bois sacré, qui laissas violer ton mystère ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Églantier du chemin, dont la fleur provocante Darde sous la feuillée un regard de bacchante ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Nuée errante au bas de l’azur, triste et grise, Qui voles au soleil un éclat qui vous grise ;
Salut, Reine de grâce et de perversité. Feu follet, qui parais une lueur propice Aux égarés pour les conduire au précipice ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Ciel, qui répands à flots de lumière embrasée Aux lis dont le calice implore la rosée ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Fruit maléfique, à la douceur pleine de fièvres, Qui t’offres de toi-même au baiser de nos lèvres ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.
Caravelle enchantée, où s’embarquent des foules, Qui, par un ciel limpide, en plein océan, coules ;
Salut, Reine de grâce et de perversité ;
Linceul tout constellé de fleurettes jolies, Où tant d’âmes sont à jamais ensevelies ;
Salut, Reine de grâce et de perversité.