French poem
Le sang des roses
by Édouard Dubus (1864–1895)
On a cueilli, dans un beau songe émerveillé, Un radieux bouquet de roses printanières, Que des belles d’aurore, aux exquises manières Des temps évanouis, fleur à fleur ont pillé.
En songe on a cueilli des roses printanières.
Des gouttes de rosée ingénuement tremblaient Au cœur à peine ouvert de chacune, et semblaient, Pour les belles d’aurore, aux exquises manières, L’animer d’un joli regard émerveillé.
On a fait un bouquet de roses printanières : Des belles qui passaient, fleur à fleur, l’ont pillé. Puis, en des nonchaloirs cruels d’orientales, Bien vite, elles en ont arraché les pétales Et souriaient en les voyant saigner un peu.
Le Poète pieux a recueilli des roses. Le sang, qu’ont oublié les belles à leur jeu, Afin d’en composer des vers un peu moroses Sans doute, et défaillant, mais plus qu’il n’a voulu, D’un parfum de regret du songe révolu.