French poem
Tisamène
by Édouard Ducoté (1870–1929)
Peuple envieux ! tu rougis d’habiter la plaine, et laissant en friche tes champs tu dardes des regards méchants sur la montagne où demeurent les maîtres. Ils ont là-haut de rares fleurs, dis-tu ; ils ont la vue sur l’étendue, tandis qu’un étroit horizon enferme le désert qui porte tes maisons. Tes outils convertis en armes, tu t’attaques à la montagne et tu la sapes, et ton rêve est qu’un jour son bloc soit répandu et dispersé sur une plaine égale.
Quand tu auras d’un pied surélevé ton sol, crois-tu, peuple, que tu seras un maître alors ? crois-tu que l’horizon reculera ses bornes et que les fleurs des cimes orneront tes jardins ?
Pendant que tu étais occupé à ton crime et que la jalousie et la rage et la faim te torturaient, je cultivais le coin où mon humilité me condamnait à vivre. J’étais heureux ; ma terre, fécondée par mes soins, me dispensait des roses parfumées. Qu’aurais-je été chercher plus loin ? À l’abri des autans mes treilles mûrissaient ; un ruisseau frais et limpide m’était versé par les sommets, et dans l’ombre du mont je m’endormais tranquille.