French poem
47 (Tu souffres : bénis ta détresse…)
by Émile Trolliet (1856–1903)
Tu souffres : bénis ta détresse. La douleur en bonté mûrit ; C’est pour le cœur une richesse, Une lumière pour l’esprit.
Bénis cette sombre tourmente Dont tes agrès sont ravagés ; Ta voile en sera plus clémente Au sort des autres naufragés.
Et ta nacelle aux flots en proie, Comprendra mieux le cri d’appel Que la vague à la rive envoie, Que la rive renvoie au ciel.
Fraternité de secourance, C’est toi qui rends les maux moins lourds, Qui fais des lèvres l’attirance, Et des yeux tendres le velours !
Poète, ou disparais du globe Ou sache encore aimer, souffrir ; Quand rien ne bat plus sous sa robe, Le vates n’a plus qu’à mourir.
En toute saison de la vie, Aux saintes amours livre-toi, Car la nature t’y convie, Et Dieu même t’en fait la loi.
Si le vrai Dieu s’appelle Idée, Surtout, surtout il est Amour ; Et sa silhouette, accoudée Au balcon de l’astral séjour,
Sourit aux hommes, paternelle ; Et les hommes voient clairement Leur ciel futur en sa prunelle, Surtout, surtout un ciel aimant.