Versos French Emile Verhaeren Xxviii

French poem

Xxviii

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Fut-il en nous une seule tendresse, Une pensée, une joie, une promesse, Que nous n'ayons semée au-devant de nos pas?

Fut-il une prière en secret entendue, Dont nous n'ayons serré les mains tendues Avec douceur sur notre sein?

Fut-il un seul appel, un seul dessein, Un vœu tranquille ou violent Dont nous n'ayons accéléré l'élan?

Et, nous aimant ainsi, Nos cœurs s'en sont allés, tels des apôtres, Vers les doux cœurs timides et transis Des autres. Ils les ont conviés, par la pensée, A se sentir aux nôtres fiancés, A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, Comme un peuple de fleurs aime la même branche, Qui le suspend et le baigne dans le soleil; Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil, S'est mise à célébrer tout ce qui aime, Magnifiant l'amour pour l'amour même, Et à chérir, divinement, d'un désir fou, Le monde entier qui se résume en nous.