Versos French Éphraïm Mikhaël Le Trésor

French poem

Le Trésor

by (1866–1890)

Listen in the reader

Les claires heures des printemps Sont des gemmes qu’en leurs largesses Nous jettent des cieux éclatants Les mains d’invisibles princesses.

Tous ces joyaux spirituels, Tombés des célestes Golcondes, Tiennent des bonheurs virtuels Cachés dans leurs clartés profondes.

Et cependant, c’est vainement Qu’elles viennent, les gemmes rares, Livrer leur resplendissement À nos doigts de mauvais avares.

Car nous entassons, jamais las De nos espérances subtiles, Pour un jour qui ne viendra pas Les belles perles inutiles.

Mon Dieu ! mes mains d’enfouisseur Ont-elles fait quelque œuvre bonne ? Écoute ! Un reproche obsesseur Dans les lents angelus résonne.

Tandis qu’éperdument j’attends L’éveil d’une impossible aurore, Le trésor stérile du Temps S’avilit et se décolore.

Et je vis, n’ayant dans mon cœur Que des souvenances banales..... Ô perles qu’un mage moqueur Transforme en feuilles automnales !