French poem
Au jardin
by Ernest d’Hervilly (1839–1911)
Cinq heures. — Je me lève et je passe au jardin. O fraîcheur, ô silence, ô minute d’Éden ! O solitude, ô paix ! l’aurore vient de naître. Nul voisin ne se montre encore à sa fenêtre ! Le soleil, aux rayons à peine réveillés, Éclabousse de feux les feuillages mouillés. Tout est charmant et pur ! et mon regard se pose, Candide et réjoui, sur une jeune rose Ingénue et piquante, et qui de loin me tend Ses lèvres de carmin ouvertes à l’instant. Vif comme un chant d’oiseau, du fond de sa corolle Un parfum délicat quand j’approche s’envole, Et je suis tout confus, par hasard matinal, D’en recevoir soudain l’hommage virginal ; Je me sens trop payé de mon modeste zèle, Je rougis, et je dis : « Pardon, mademoiselle… »