French poem
Ma Retraite
by Évariste de Parny (1753–1814)
Solitude heureuse et champêtre, Séjour du repos le plus doux, Le printems me ramène à vous; Recevez enfin votre maître. La jeune Amante du Zéphyr A ranimé vos tristes plaines; Échappé de mes lourdes chaînes, Comme elles, je vais rajeunir. Vous donnez à mes sens une nouvelle vie; Mon ame trop long-tems flétrie, Aux rayons naissans du plaisir, Déjà commence à s'entrouvrir.
Ô maîtresse toujours plus chère! De ces lieux tu fais l'ornement. Dans ces lieux tu fais sans mystère Le bonheur du plus tendre amant.
La simplicité seule orna mon hermitage. On ne voit point chez moi ces superbes tapis Que la Perse, à grands frais, teignit pour notre usage. Je ne repose point sous un dais de rubis; Mon lit n'est qu'un simple feuillage. Eh qu'importe? le somme est-il moins consolant? Les rêves qu'il nous donne en sont-ils moins aimables? Le baiser d'une Amante en est-il moins brûlant, Et les voluptés moins durables? Pendant la nuit, lorsque je peux Entendre dégoutter la pluie, Et les fiers enfans d'Orythie Ébranler mon toit dans leurs jeux; Alors si mes bras amoureux Entourent ma craintive amie, Puis-je encor former d'autres voeux? Qu'irois-je demander aux dieux A qui mon bonheur fait envie?
Je suis au port, et je me ris De ces écueils où l'homme échoue. Je regarde avec un souris Cette fortune qui se joue En tourmentant ses favoris; Et j'abaisse un oeil de mépris Sur l'inconstance de sa roue. Gémisse qui voudra sur le sort des humains; Trop foibles pour être coupables, Ou trop méchans pour être plaints, Ils ne valent pas les chagrins Que laisse dans mon coeur l'aspect des misérables. L'humanité n'est qu'un abus; La haine est triste et trop pénible; Une indifférence paisible Est la plus sage des vertus.