French poem
I.--Chanson
by Franc-Nohain (1872–1934)
Que l’époux fasse seller Son cheval gris pommelé; Ventre à terre, ventre à terre, Qu’il galope, qu’il galope: On attend la couturière Qui n’apporte pas la robe.
Le groom, sur sa bicyclette, Depuis une heure est parti; Partie aussi la soubrette: Aujourd’hui, avant midi, La couturière a promis; Et, délaissant œufs et bœuf, La cuisinière, en teuf-teuf, Vient de partir elle aussi.
Que l’époux fasse seller Son cheval gris pommelé.
Madame sur sa tour monte, Et compte Les minutes, les secondes; Et, ne voyant rien venir, Commence à s’évanouir.
Avec de blancs gâte-sauce, Dans sa livrée vert-espoir, Le groom, au coin du trottoir, Se repose Et, tranquille, Joue aux billes, Dans sa livrée vert-espoir.
Sous le porche d’une porte, La femme de chambre accorte, A un garçon épicier Du quartier, La femme de chambre accorde Un tendre et furtif baiser.
La cuisinière, pratique, En quelque arrière-boutique, La cuisinière, La cuisinière pratique Le rhum et le vulnéraire.
Madame à sa tour ne voit,
Voit que le groom qui verdoie, La soubrette qui rougeoie, La cuisinière qui boit.
Mais l’époux a fait seller Son cheval gris pommelé.
Madame reprend espoir, Du plus loin qu’elle peut voir, Elle agite son mouchoir.
Monsieur n’a fait qu’une trotte, Il a crevé son cheval, Il a perdu une botte, Tout bancal, Couvert d’écume et de crotte, A bas de cheval il saute:
--La couturière a promis Pour demain, avant midi,
Sans faute!--