French poem
La vierge aux bougies
by Franc-Nohain (1872–1934)
Bonne Madame du Quinze Août, Voici des bougies d’un sou, Et de deux sous, (La dépense n’est rien, l’intention fait tout,) Et de trois, et de quatre sous : Entendez-nous, exaucez-nous, Bonne Madame du Quinze Août !
Et les dévots et les dévotes ont demandé Des tas de choses, Et la richesse, et la santé, Un bébé rose : Nous avons tous à demander Tant de choses, oh ! tant de choses… Et puis voici partis et les dévots et les dévotes, — Des cantiques au loin meurt la dernière note, — Avec les bougies qui clignotent La Bonne Vierge est restée seule dans sa grotte.
Alors, à demi-voix : — Vite, dit-elle, Éteignons toutes ces chandelles ! Devant ces braves gens, je n’ai pas voulu, Bien entendu, Pour ne pas leur faire de peine ; Mais maintenant il ne faut plus Qu’ici viennent brûler leurs ailes Les papillons hurluberlus Et les innocentes phalènes : D’ailleurs, cette lumière crue Finit par fatiguer la vue ; Allons, vite, soufflons dessus, Et que l’ombre calme revienne… —
Et maintenant dans l’ombre calme, — Les grands arbres lentement balancent leur palme Plus de bougies dont s’indispose ou se courrouce La bonne Madame Marie ; Plus rien que deux petites flammes Si pures, si douces :
Ce sont les yeux de mon amie Qui se reflètent dans la source.