Versos French Franc-Nohain Petit poème didactique

French poem

Petit poème didactique

by (1872–1934)

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Claretie, Ginisty, — Ginistie, Clarety, — Porel, Porel !…

Ecrire une pièce en cinq actes, Ou simplement en quatre, Si belle, Que, suivant de Sarcey les sagaces préceptes, Jamais l’on n’en verrait descendre la recette Au-dessous de sept mille ou de six mille sept. (Ce qui n’est pas à dédaigner, Mazette !…) —

Pouvoir imaginer des dames Lemeunier, Qui, de leur petit nom, s’appelassent Georgette ; — Allier, en quelque spectacle merveilleux, — Il ne se meublent pas de vulgaire pitchpin, Les auteurs de Perlinpinpin… — Allier (dis-je) en quelque spectacle merveilleux, Les charmes de l’esprit et le plaisir des yeux,

Lavedan, Et Rostand, — Rossedan, Lavetand, — Brieux, Brieux !

Et ce serait la vie prestigieuse des coulisses ; — Chaque soir, applaudi du public idolâtre, Être celui que salue le concierge du théâtre ; — Des actrices, vivre avec des actrices ! (Des actrices !…) Connaître, en leur intimité, Telles femmes de rêve ! — et des acteurs, aussi. Aller fumer des cigarettes chez Guitry ; Comme parrain être choisi Pour le premier bébé de Monsieur Le Bargy ; Et goûter cette volupté De tutoyer, — vous m’entendez ! —

Tutoyer Coquelin cadet !

Mais tant d’obstacles se hérissent Devant les colonnes Morris !

Et le souci poignant d’une indulgente presse : Que faut-il faire Pour que l’on plaise Et à Mendès, Et à Bauer ; Et à Sarccy, et à Fouquier, ces maréchaux De la critique dramatique de nos journaux ; — Ah ! satisfaire aussi les feld- Maréchaux —

Satisfaire Lucien Mühlfeld !…

Car le plus simple vaudeville Apparaît œuvre à composer si difficile ! Et d’abord tous les personnages, sur la scène, À point nommé, quel bon vent les amène ? Sachez du moins le procédé subtil Grâce auquel il n’est pas la peine Ni d’exposer, ni d’expliquer pourquoi ils viennent :

On prend un moulin pour décor, — Endroit où chacun vient, endroit d’où chacun sort, Sans commentaire, et sans chercher de raison vaine ;

Le mieux est une pièce où les gens sont muets, Et doivent Se contenter d’éternuer, — (Seul le souffleur, sortant parfois de son orifice, Proclamerait : Dieu vous bénisse !) —

Car le lieu de la scène est un moulin à poivre.