French poem
Le Chant des marais
by François Abgrall (1906–1930)
Le saule penche Sa maigre branche Au bord des eaux. Le vent déclanche Une avalanche Par monts et vaux.
Dans les tourbières, Dans les bruyères, Vont les damnés. Vaines prières, Des cimetières De conjurés…
Des âmes pleurent, Des espoirs meurent Dans le néant. Des morts se leurrent, D’autres effleurent L’enfer béant !
Toute garenne Devient géhenne D’hallucinés. Alors s’égrène Cette antienne Des égarés.
Toute tristesse Devient détresse Dans les marais. Nulle tendresse, Nulle caresse N’y fut jamais.
Lorsque la bise La nuit aiguise Ses dents de froid. Ce chant dégrise, Sans cesse attise Un vif effroi.
Mon cœur s’abuse, Mon esprit s’use Et chaque soir Plus je m’accuse, Plus je m’excuse D’un grand espoir.