French poem
Inquiétude
by François Abgrall (1906–1930)
Parfois, lorsque hurle le vent, De malheur, mon cœur se désole. Des larmes vont, le ternissant… Tant de regrets et nulle obole ! J’ai donc appris, destin cocasse, À rire alors qu’il faut pleurer. Oui, souffrir, soit ! Mais point de trace ! Chanter les pleurs qu’on veut verser ! Car à quoi bon lever les voiles ? Le mal couvant sur les berceaux. Il est plus de fous que d’étoiles, Et moins de fleurs que de rameaux !
Chacun porte son faix et nul ne s’en dérobe. Ne cherchons donc jamais à narguer le hasard. Maudit qui vole haut, car sur lui chacun daube D’avoir tenté l’essor dont se moque le couard !
Parfois, me venant à l’esprit, Des pensées de noire amertume Me font songer qu’il ne nourrit Que de la haine et de la brume… Mais pourquoi donc faut-il le taire, Ce brasier que j’ai dans le cœur ? Et pourquoi toujours me distraire De l’amour ? Mon Dieu, quel malheur ! On froisse, bien sûr, plus d’un lâche, Au nom de quelle vérité ? L’amitié n’a point de bravache, J’ai mordu… je n’ai pas pleuré ! Oh ! pouvoir enfin, en confiance, Fermer les yeux sur la clarté. Emporter au moins souvenance D’amour qui ne soit charité !
Parfois, peu de chose console. Que sur moi fasse resplendir, Par Dieu qui fait toute auréole, Le mot qu’il donne pour bénir ! Amour : c’est le soleil qui brille, Les oiseaux dans le bois chantant, Votre doux regard qui scintille… Amour dans votre voix vibrant !