French poem
Émigrants !
by François Abgrall (1906–1930)
Ô pauvres insensés, quittant votre chaumière, Pour courir, acharnés, vers un but inconnu. Bretons, croyez-vous donc que la Ville Lumière Soit un paisible abri pour un cœur éperdu ?
Croyez-vous que Paris entendra la prière Qu’élèvera vers lui un pauvre être déçu ?… Gardez-vous de glisser, car profonde est l’ornière, Quiconque y trébucha fut un homme perdu !
Là-bas, on n’est pas mieux, méfiez-vous des rêves, Les heures comme ici sont brutales et brèves, La vie tout comme ici est faite de tracas.
La terre vous appelle et tout en elle vibre, Elle a pétri chez vous sa force en chaque fibre, Cet amour peut dormir, jamais il ne mourra !