French poem
« Mes yeux, vous m’êtes superflus »
Mes yeux, vous m’estes superflus : Cette beauté qui m’est ravie Fut seule ma veuë et ma vie, Je ne voy plus ny ne vy plus. Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
Ô qu’en ce triste éloignement, Où la nécessité me traine, Les dieux me témoignent de haine Et m’affligent indignement ! Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleur Dont mon ame ne soit percée,
Et quelle tragique pensée N’est point en ma pasie couleur ? Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où l’on peut m’écouter, J’ay des respects qui me font taire ; Mais en un reduit solitaire Quels regrets ne fais-je éclatter ? Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste liberté Ne prennent mes pleurs et mes plaintes, Quand je puis trouver à mes craintes Un séjour assez écarté ! Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable avanture, Qu’ils pensent à ma sépulture : C’est tout ce de quoy j’ay besoin. Qui me croit absent, il a tort : Je ne le suis point, je suis mort.
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