Versos French François Habert La Comedie du Monarque

French poem

La Comedie du Monarque

by (1510–1561)

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Le Monarque. Pasiphile flateur. Bon zele, precepteur du Monarque. Sappho, femme impudique. Bacchus. Verité. Atropos.

Virgilius.

Ut Venus enervat vires, sic copia vini, Uno nanque modo vina, Venúsque nocent.

Le Prologue.

Nobles Esprits, qui apprestez l'aureille Pour escouter, n'ayez ce jugement Que nostre voix à cela s'appareille Pour detracter et mesdire asprement. La Comedie orrez tant seulement Introduisant un Monarque honorable, Qui delaissant le vray enseignement, Premierement suyt volupté damnable.

Puis ayant peur de la Mort redoubtable, Il se repant de son forfaict inique, Se chastiant de Bacchus détestable, Et des liens de l'amour impudique. Le tout est fainct par sens allegorique Ou vous prendrez plaisir (comme je croy) Donc faictes tous silence pacifique, Car commencer veult le Monarque et Roy.

Le Monarque commence.

Graces je rends au divin Createur Qui tant d'honeurs me mect en evidence, Et qui me rend Prince dominateur, Ayant de biens copieuse abondance. Sur tout cela je prise la prudence De l'enseigneur dont j'ay fruition, Car c'est Bon zele, homme plein d'excellence Predestiné à mon instruction.

O Pasiphile, à ma conception Soys ententif, appelle moy Bon zele Mon precepteur, plein de perfection Qui jour en jour sciences me revele.

Pasiphile.

Roy souverain, vostre servant fidele Je fus, je suis, seray durablement, Puis qu'il vous plaist que Bon zele j'appelle, J'accompliray vostre commandement.

Bon zele.

Je voy venir vers moy presentement Ce grand mocqueur, et flateur Pasiphile, O que mon Prince est veritablement Bien abusé de cest homme inutile? Voyla le cours de ce Monde labile, Flateurs tousjours sont aymez à la Court, Et sont prisez plus qu'un conseil utile, Que y feroit on? cest le Regne qui court.

Pasiphile.

Je voy Bon zele, aller vers luy tout court Il me convient selon mon entreprise, Il ne me chaut déstre subtil ou lourd En mettant fin à ma charge entreprise. Seigneur Bon zele, en Scavoir que lon prise, Ce Prince grand dont estes precepteur, Veult que par vous ores peine soit prise D'aller vers luy, comme son instructeur.

Bon zele.

Le Souverain, celeste Redempteur Vueille garder ce Prince debonnaire De tous ennuys de ce Monde menteur, Son servant suis, en tout luy veux complaire, Allons vers luy, voicy l'heure ordinaire Que j'ay apris de luy faire lecon.

Pasiphile.

Il ne m'en chaut, mais que je puisse faire Un bon repas, oyant des plats le son.

Bon zele.

Il te souvient tousjours de ta chanson, Du ventre plein tu fais ton Dieu et maistre, Garde tu n'as d'engendrer marrisson Quand trouveras bien à boire et repaistre.

Pasiphile.

Allons, allons, je voudroys desja estre En la maison du Prince mon Seigneur, Si Dieu m'eust faict un Riche Prince naistre, J'aymeroys mieux le repas que l'honeur.

Le Monarque.

Voicy mon bon et fidele enseigneur, Prester me fault l'aureille, pour l'entendre, Car je ne scay plus sage gouverneur, Pour la grandeur de ma noblesse aprendre.

Bon zele.

Prince d'honeur, que je desire rendre De plus en plus exorné de Scavoir, Dieu vous maintienne en santé pour comprendre. Les grands vertus que doibt un Prince avoir.

Le Monarque.

Foy de Monarque, aise suis de vous voir, Bon zele sage, honeste, et bien apris, Car jour en jour je desire scavoir Les biens, qui sont en grand vertu compris.

Bon zele.

Escoutez donc O Prince de hault pris, Car à un Roy utile est la science.

Le Monarque.

Or poursuivez, comme avez entrepris, Car des vertus me plaist l'experience.

Bon zele.

Je vous ay mis tousjours en apparence Ceste excellente et divine vertu, Dont un Monarque et Prince d'excellence Doibt en tout temps avoir l'Esprit vestu, C'est à scavoir que vice combatu, Il se maintienne en droicture et justice, Honeurs mondains ne prisant un festu S'il n'ha en soy de vertu l'exercice.

Car la vertu est le moyen propice Que les grands Roys augmentent leur pouvoir, La vertu est des Richesses tutrice Et des grands liens, qu'un Prince peut avoir. Vous debvez donc de vertu vous pourvoir, Qui le renom des Princes éternise, A celle fin qu'on puisse appercevoir Que le Seigneur du Ciel vous favorise.

Tous voz majeurs lesquelz on loue et prise, Par les Escrits de sage antiquité, Suyvoient vertu par sapience aprise, Chassoyent le tort, ambrassoyent équité. Ilz ont vescu en magnanimité; Dont jusqu'icy en florist la memoire, Ne voulez vous en mesme dignité Aux successeurs espandre vostre gloire?

Le Monarque.

Vostre raison est clairement notoire, Car mes majeurs sont en bruict florissant, Leur corps est mort en ce bas Territoire, Mais leur renom n'est pas déperissant. Donc à voz dicts veux estre obeissant, Pour ambrasser la vertu et l'ensuivre, Si le plaisir est tel du Toutpuissant, Avec vertu je veux mourir et vivre.

Bon zele.

De tout ennuy mon cueur est à delivre Quand je vous voy en ceste voulonté, Mais gardez vous de Bacchus, qui enyvre Les sens humains, tant il est deshonté. Jadis il à maint grand Roy surmonté, En le rendant à tous vituperable. Gardez vous donc destre pris et dompté Par ce Bacchus seducteur execrable.

Fuyez aussi de Vénus détestable Les fols attraicts, et soyez bien records Que Vénus est bien autant dommageable Que ce Bacchus, à la vigueur du corps. Fuyez les deux, car par unis accords Ils sont nuisans à toute creature, Mesme à un Roy, qui loing de tous discords Doibt estre chaste et sobre par droicture.

Puis vous avez Espouse chaste et pure Pour enfans beaux et nobles d'elle avoir, Sans vostre lict contaminer d'ordure, Ne Concubine infame recevoir. D'un Prince grand voyla le vray debvoir Dieu à voulu que la cure je prinse De vous instruire, et faire concevoir Ce qui convient au magnanime Prince.

Le Monarque.

Bien heureux suis d'avoir en ma Province, Un tel conseil, pour bien me gouverner, Veu que je suis d'auctorité non mince, Il me convient en prudence regner. Amy Bon zele il fault vous guerdonner Long temps y a qu'estes à mon service. Sur ceux le chef je vous veux ordonner Qui ont de moy charge, estat, et office.

Bon zele.

Graces vous ren de ce vouloir propice Prince trescher, que j'honore humblement, Dieu m'a pourveu d'un fort grand benefice Que j'ay tousjours de peu contentement. Si vous vivez fort vertueusement En ensuivant mon conseil veritable, Je ne demande à Dieu tant seulement Que mon conseil vous soit bien proffitable.

Sappho.

Au Monde est il chose plus delectable Que d'exercer le plaisir de Venus, Plaisir si grand, si doux, et amiable, Dont maints amants heureux sont devenus? Je croy que non, car si bien sont cognus Tous les plaisirs de la flame amoureuse, De moy Sappho propos seront tenus Comme de femme excellente et heureuse.

Fy de beauté qui est trop langoureuse, En chasteté prenant tousjours son pli, Follastre amour est bien plus savoureuse, Quand doucement son oeuvre est accompli. Vous amoureux, voyez, je vous suppli, Ma grand beauté qui de graces abonde, Roy n'est vivant, de chasteté rempli, Qui me voyant, à m'aymer ne se fonde.

Aymer je veux un Monarque en ce Monde, Pour m'enrichir de ses biens precieux, S'il m'appercoit tant belle, exquise et monde, En contemplant la grace de mes yeux, En admirant mon maintien gracieux, Mon doux parler, jestime sans doubtance, Qu'il n'aura rien plus cher dessoubs les Cieux Que de Sappho l'amoureuse acointance.

Parquoy convient que vers luy je m'avance Pour l'aveugler de ma mondanité, Bien, qu'il soit sage et remply de constance, Bien qu'il ait maistre, ou gist maturité Pour estre instruict, voire si verité Vient en personne à luy monstrer sa voye, Il ne sera pour moy moins incité, Pourveu que tant gracieuse il me voye.

Bacchus.

J'ay en mon cueur tousjours soulas et joye Quand pres de moy j'ay les frians morceaux, Il ne me chaut de pluye, mais que j'oye Que tousjours pleins de vin sont mes vaisseaux Boire d'autant, remplir Flaccons et Ceaux, Manger jambons, avaller chair sallee, Et m'engresser comme sont les Porceaux, Voyla comment ma vie est consolee,

Si voyt on bien ma louange extollee Quand je produy l'excellente liqueur De ce Nectar, liqueur emmiellee, Liqueur de vin resjouissant le cueur. Si me croyez estre quelque mocqueur, Vous vous trompez, regardez moy en face, Je suis Bacchus, il n'ha au Monde qu'heur, Qui comme moy de boire ne se lasse.

Je suis Bacchus, la tant antique race De Juppiter, je suis le gros Bacchus, Bons biberons me suivent à la trace, Je fay venir la guerre entre bas culs. On ne verroit, sans moy, tant de cocus Autres que ceux qui sont sur la Ramee, A bref parler, par moy furent vaincus Jadis maints Roys d'auctorité famee.

Mais que me sert ma haulte Renommee, Si je ne mects à execution Ma grand puissance en tous lieux Renommee Sur quelque Roy de grand possession? Or j'en scay un par admiration Riche, excellant, de sublime pouvoir, D'aller vers luy c'est mon intention, Je luy feray ma puissance scavoir.

Sappho.

Comme je puis assez appercevoir Je suis bien pres du Monarque honorable, Je m'y en voys, je commence à le voir, O combien m'est sa personne agreable?

Pasiphile.

Sire, voicy quelque dame louable, Qui vient devers vostre magnificence, Sa beauté est grande et imcomparable, Je croy qu'elle est d'une noble naissance.

Sappho en saluant le Monarque.

Vostre Renom est de telle puissance Prince d'honeur, que pour vous honorer, Je vien vers vous, car j'ay la cognoissance Qu'a tous Humains je vous doy preferer. Et n'ay desir sinon de demourer Avecques vous, de voz graces ravie, Car je vous veux de ce bien asseurer Que d'autre aymer je n'ay aucune envie.

Vostre grandeur à cela me convie, Vous, de ma part aurez contentement, Vostre seray le surplus, de ma vie. Pour vous donner plaisir, esbatement, Pour vous donner le vray soulagement Que m'a apris la belle Cytheree, Qui ambrassoit Adonis doucement Quand avec luy elle estoit retiree.

Le Monarque.

Je ne scay pas qui vous à attiree D'ainsi m'offrir vostre amitié honeste, Mais ma pensee est allieurs retiree, Vostre beauté toutefois m'admoneste. Ah je cognoys ceste amour deshoneste Estant l'Espoux de Royne de hault pris, Puis par Bon zele homme de vertu nette, Et selon Dieu j'en seroys fort repris.

Sappho.

Excellent Prince avez vous entrepris D'obtemperer à instructeur moins sage Que vous, en qui grand pouvoir est compris Pour obtenir de voz plaisirs l'usage? Prince changez cest endurcy courage, Car vous pouvez vivre à vostre desir, Laissez aux sots des vertus le presage, Il n'est vertu que vivre à son plaisir.

Quand vous, verrez mes graces à loisir, Et que seray entre voz bras couchee, Si vous aviez au cueur tout desplaisir, Plus ne sera vostre grandeur faschee, Quand vostre levre aux deux miennes fichee Prendra de moy un baiser savoureux, Et que par vous sera ma chair touchee, Sans fin de moy vous serez amoureux.

Regardez donc, Monarque vigoureux A ne laisser telle resjouissance, Qui vous rendra des Roys le plus heureux Quand de Sappho vous aurez jouissance.

Le Monarque.

Sappho, bien fort me plaist la cognoissance De vostre nom, je suis en grand esmoy, Que doy je faire? Amour ha grand puissance, Faictes sejour ce pendant avec moy.

O Pasiphile, apertement je voy Que ton propos estoit fort veritable, Ceste dame est tant belle, que je croy Qu'il me faudra aymer sa grace aymable.

Pasiphile.

Prince excellant, Monarque inestimable, Nul ne vous peut contredire en ce faict, Vous ne serez pour ce moins redoubtable Quand à voz veux vous aurez satisfaict.

Le Monarque.

Son doux maintien en cent graces perfaict, Son entretien, sa tant douce parole, Son beau visage, exquis, et tant bien faict, Tout cela faict que mon cueur se console. De grand soulas, certes, le cueur me vole Quand je la voy tant pleine de beauté, Et ce qui plus encor mon cueur affolle, C'est sa naive et douce privauté.

Vaincu je suis de sa speciauté, Deliberant l'aymer, et luy complaire, Et l'enrichir soubs ma grand Royauté, Bien que cela soit aux vertus contraire.

Bacchus.

Je voy le lieu ou je me doy retraire, C'est vers ce Prince en Richesse excellant, Je m'y en voys pour tost à moy l'attraire, Il me fault estre en cela vigilant.

Pasiphile.

Sire, je voy homme, qui en pas lent Vient saluer vostre Majesté haulte, Il ha le nez rouge et estincellant, O c'est Bacchus, il n'y à point de faulte, De grand soulas, certes, le cueur me saulte, Car je le voy garny de la Bouteille Et de Jambon, o la personne caute, C'est pour la soif qui souvent le resveille.

Bacchus en saluant le Monarque.

Prince, duquel la grandeur m'esmerveille, A autre fin vers vous ne suis venu, Que pour compter la force nompareille Qui est en moy, quand bien m'aurez cognu.

Le Monarque.

Hé, qui es tu? je te tien incognu, Je ne vy onc une si large face. Dy moy ton nom, et ou tu t'es tenu, Car ton regard n'est de mauvaise grace

Bacchus.

Mon nom est grand, et de grand efficace, Je suis Bacchus en tous lieux Renommé, Aux plus crainctifs donnant force, et audace, Le Dieu Bacchus des anciens nommé Par tout je suis, par tout suis estimé: Par ma liqueur doucement violente, Car qui en boyt, soubdain est assommé, De doux sommeil qui à luy se presente.

Pasiphile.

Voyla mon cas, voyla ma vraye attente, Je suis des tiens, o Bacchus mon amy, Car il n'y à rien qui plus me contente Que d'estre saoul, et puis bien endormy, Puis destre fort contre mon ennemy, Batre, frapper, (o plaisant exercice) Boire d'autant, et non point à demy, Vivre et mourir je veux soubs ton service.

Bacchus.

Monarque enten, les Roys ont soubs ma lice Vescu jadis, ce grand Roy Alexandre De mon pouvoir à receu la notice Quand je l'ay faict à moy subject se rendre. De Loth aussi un chascun peut entendre Aux Escrits saincts, que ma main luy livra Ce doux Nectar ou vous debvez pretendre, Car ce bon Loth doucement s'enyvra.

Bref à jamais mon hault renom vivra, Grands et petis ont de moy cognoissance, En tous endroicts un chascun me suivra, De ma liqueur cognoissant la puissance: Puis ta Sappho ayme mon alliance, Car sans Bacchus et Ceres, (comme on dict) Froyde est Vénus en sa resjouissance, Voyla comment j'ay vers elle credit.

Le Monarque.

Ce tien bruvage (ainsi que m'as predict) Est il si doux, que Sommeil il procure? Sil est ainsi, je veux sans contredict En boyre un peu.

Bacchus.

Cher Prince, je vous jure Qu'il est plus doux que miel, oultre mesure, Et pour cela esprouver promptement, Tenez, buvez, de ce je vous asseure Que dormirez en grand contentement.

Le Monarque bura plusieurs fois, puis dira en se couchant sur un lict.

O doux bruvage, O doux allegement, Succre ne Miel ne semblent rien au pris, O doux Nectar, O doux soulagement? Douce liqueur donnant joye aux Espris? Certainement de sommeil suis espris, Vien Pasiphile, appareille ma Couche, Si que par moy soudain repos soit pris Faire ne puis que tost je ne me couche.

Bacchus.

C'est faict, il n'est homme aucun si farouche Qui endormi ne soit de mon bruvage, Bruvage fort, qui jusques au cueur touche Et rend subject ce Roy, grand personnage. Jugez, mortels, si je porte dommage, Ou bien proffit, au corps de tous Humains, En voulez vous plus certain tesmoignage Que d'un Monarque endormi par mes mains?

Je suis utile et nuisant en lieux maints, Utile à ceux qui selon suffisance De ma liqueur usent, aux inhumains, Nuisant je suis par leur intemperance, Ce Roy n'a sceu user de temperance, En prenant trop du bruvage ordonné, Voyla pourquoy il se sent à outrance De ma liqueur, qui l'a tout estonné.

Verité.

Ce Redempteur de vierge mere né, Seul toutpuissant, celeste, veritable, Pour les Humains en croix passionné, Ayme celluy qui n'est point decevable, Et un chacun luy sera agreable, Qui sera plein de paix et charité, C'est luy qui est mon pere charitable, Sa fille suis, qu'on nomme Verité.

Envers les bons j'ay grand auctorité, Le cueur desquelz en erreur ne se plonge, Mais les remplis d'erreur et vanité, Sont mes haineux, comme pleins de mensonge, Comme ambrassans idolastrie et songe, Comme suivans toute deception, Mais des parfaicts l'esprit à rien ne songe Qu'à honorer ma grand perfection.

Aux vertueux j'ay ma dilection, Voire aux meschans (s'ils laissent leur fallace) Je porteray fidele affection, Les retenant en mon amour et grace. Et pourautant il me fault pourvoir à ce Que ce Monarque endormi par ses vices, Chasse Bacchus, et Sappho, dont la face Trop belle, l'a aveuglé de delices.

Aller luy veux remonstrer ses malices Par saincts, divins, salutaires propos, Et luy donner enseignemens propices, Pour desormais le rendre plus dispos, Il dort, il prent un excessif repos Qui à son ame et corps fera nuisance Si corrigé par crainte d'Atropos, Il ne revient en sa force et puissance.

Bon zele.

Voyci le temps ou fault que je m'avance Vers mon Seigneur le Prince, pour le voir, Et humblement luy faire reverance Pour luy monstrer quelque utile scavoir: Mais je crains fort que pour le decevoir, Par devers luy Bacchus sa voye applique, Ou bien qu'il vueille avec soy recevoir Quelque Lais, ou Sappho impudique.

Je voy venir le flateur lunatique De mon Seigneur, Pasiphile, ou vas tu?

Pasiphile.

Je vien vers vous, Docteur scientifique.

Bon zele.

Que faict mon Prince amoureux de vertu? Est il tousjours de santé revestu? Dy moy comment sa majesté se porte.

Pasiphile.

Bien mal, Bacchus l'a si fort abatu Que ne l'ay veu onc dormir de la sorte.

Et ce qui plus encores le transporte, C'est que Venus le retient en ses laqs: Car chasteté dedans son cueur est morte Pour sa Sappho, qui est tout son soulas.

Bon zele.

Ce que j'ay crainct, est advenu, helas Rien ne luy a servi ma remonstrance Il a esté bien soudainement las De se tenir en sobre temperance.

Allons vers luy en prompte diligence, Pour luy monstrer combien il a forfaict, A celle fin que pure repentance Dedans son cueur obtienne quelque effaict.

Le Monarque en s'esveillant, et se regardant en un Miroir.

O que je suis triste, palle et deffaict D'avoir dormi tant excessivement? O qu'à Bacchus j'ay par trop satisfaict De trop complaire à son enseignement.

Pour plaisir court, je recoy long torment, Et grand douleur, car il fault que je die Que des le jour de mon couronnement Vexé ne fus de telle maladie. Je perds le sens, j'ay la teste estourdie, Je ne senti oncques telle douleur, Et ma poictrine est si fort réfroidie, Qu'en moy je n'ay naturelle chaleur.

Bon zele.

Ah mon Seigneur, Prince de grand valeur, Je suis marri de vostre adversité, Bacchus vous a causé ce grand malheur, Venus aussi vous a debilité. Laissé avez vostre tranquillité, Et le moyen ou vous teniez mesure, Voila pourquoy fault par necessité Que vostre corps griefvement en endure.

Et toutefois il fault que l'on procure Vostre vigueur, et premiere santé, Qui se fera, si de Sappho impure, Et de Bacchus voulez estre exempté.

Le Monarque.

N'en parlez plus, je suis trop tormenté, Sappho me plaist, quant à Bacchus infame, Je n'en veux plus, qu'il soit tost absenté De ma maison, car trop il me diffame.

Pasiphile.

Voila Bacchus dechassé, sur mon ame, Adieu Bacchus, o dur departement? Bacchus s'en va que par tout on reclame, Avec lequel je buvois largement, De gras jambons je perds l'allegement Pour carreller mon ventre, et bien repaistre, Il m'en desplaist, mais je voy clairement Qu'un chacun doit obeir à son maistre.

Bon zele.

Prince d'honeur, puis qu'avez, peu cognoistre Combien Bacchus vous est pernicieux, Aussi debvez hors vostre maison mettre Ceste Sappho de cueur tant vicieux.

Le Monarque.

N'en parlez plus, c'est mon bien precieux, Je ne la puis effacer d'oubliance, Tant que seray vivant dessous les Cieux, J'auray tousjours Sappho en souvenance.

Verité.

Je voy la Court du Prince d'excellance Dont Sappho a sceu le cueur penetrer, Il me convient luy faire reverance, Puis doucement sa faute luy monstrer.

Bon zele.

O combien j'ay d'heur à te rencontrer O Verité, de Dieu l'humble pucelle? Je te supply avecques moy entrer Chez mon Seigneur, que Monarque on appelle.

A mon conseil il n'a esté rebelle D'avoir chassé Bacchus de sa maison: Mais sa Sappho impudiquement belle Chasser ne veult par aucune raison. O verité, il est heure et saison Que ton conseil luy oste l'amour folle, Qui son corps blesse, et sans comparaison Son noble esprit plus tormente et affolle.

Verité.

Allons vers luy, veritable parole Aucunefois à l'homme est proffitable, Verité suis qui tout homme console Quand il requiert secours medicinable.

Bon zele en presentant Verité au Monarque.

Puis que de moy, O Prince venerable, Ne vous a pleu le conseil d'equité, A tout le moins, comme Roy raisonnable, Prestez l'aureille à dame Verité.

Verité.

Prince qui es en grand auctorité, Enten à moy, je suis du Ciel venue Par le vouloir de la benignité Du Toutpuissant, qui m'a chere tenue.

Le Monarque.

Je suis troublé, que me sert ta venue, Fors d'augmenter mon ennuy et tourment?

Verité.

O Roy, quand bien par toy seray cognue, Tu en auras un grand emolument.

Le Monarque.

Je t'entendray, parle donc promptement, Mais que Sappho de moy point ne s'absente. J'obeiray à ton enseignement, Car par Sappho ma pensee est contente.

Verité.

Las, je cognois qu'esprit malin te tente, O Prince enten ce que tu dois scavoir, Le cours n'est rien de la vie presente, On doibt plus hault son esperance avoir. Dieu t'a voulu d'un grand Regne pourvoir, Premierement pour exercer droicture, Puis pour tousjours chasteté recevoir Avec ta femme honeste, chaste, et pure. Ne scais tu pas que par sa forfaicture Le Roy David fut blasmé aigrement Par l'Ange sainct, et que pour telle ordure La peste occist son peuple abondamment?

Prince aveuglé, croy moy certainement Qu'hommes tachez de soillure impudique, N'auront les Cieux, ou perdurablement Doibt vivre l'homme ayant esté pudique. Veux tu laisser ce thresor magnifique Des Cieux hautains, qui à ceux est promis Dont le desir à chasteté s'applique Dessoubs les piedz ayant tout vice mis?

Change conseil, sois en vertu remis Suyvant les dicts de ton maistre Bon zele, Qui a esté pour t'instruire commis Pour aspirer à la vie eternelle. Si à cela qu'ores je te revele Tu es contraire et desobeissant, Tu souffriras punition cruelle Lors que ton corps sera deperissant.

Le Monarque.

Tant que seray de santé jouissant, Sappho tousjours me sera acceptable, J'entretiendray son estat florissant Je la feray grand dame et honorable. C'est mon arrest et propos immuable, Deporte toy doncques o Verité, Ton conseil est sainctement equitable: Mais j'ay le cueur au contraire incité.

Verité.

O des Humains la grand temerité, Ce Roy cognoist sa detestable offense, Et toutefois par grand austerité Il ne veult point venir à repentence. O qu'il y a maint homme qui offense En cest endroict, ses pechez cognoissant, Et toutefois il faict perseverance En ses pechez, et va Dieu offensant.

Bon zele.

Prince d'honeur: d'auctorité puissant, Adjoustez foy à ceste vierge saincte, C'est Verité, d'elle rien n'est yssant Qui ne soit bon, de fraude elle n'est ceincte Toute malice en son cueur est estaincte, Gardez vous bien que pour ne consentir A son conseil, ou gist vertu non faincte, Vous ne veniez troz tard au repentir.

Le Monarque.

Vous perdez temps, pour vous en advertir, Sappho me plaist, c'est ma resjouissannce, Mon cueur ne peut d'elle se departir, Elle sera avec moy demourance.

Verité.

Puis que je voy sa rebelle ignorance Continuer en son premier propos, Il est besoing que mon chemin j'avance Vers la cruelle et hydeuse Atropos.

Je m'y en voys, d'un courage dispos Pour la prier, (pource qu'elle est terrible) Venir troubler du Prince le repos Avec son chef serpentin, et horrible. Puis qu'il n'a creu à bon zele, paisible, N'a moy qui suis Verité de hault pris, Il recevra une craincte indicible Par Atropos qui faict peur aux Esprits.

Atropos ayant cheveux serpentins.

Tant de fureur en mon cueur est compris Qu'a tous Humains je suis espouventable, Il n'y a Prince ou Roy si bien apris, Qui me voyant, ne soit foible, et peu stable, Atropos suis, Chimere detestable, Chacun me crainct, et non pas à grand tort, Car quand je veux, suis si peu pitoyable, Que du vivant je pourchasse la Mort.

Aux uns soulas, aux uns suis desconfort, Soulas à ceux, qui ensuivent prudence, Et desconfort à ceux qui n'ont cueur fort Pour en vertu faire leur residence. Ainsi les uns craignent ma violence, Quand en leurs cueurs la vertu n'est emprainte, Les autres ont en Dieu tant de fiance, Que de la Mort ils n'ont aucune craincte.

Aux uns je suis utilité non faincte Quand je les fay ayans la foy mourir, Car Dieu alors par sa clemence saincte Maugré mon vueil les faict aux Cieux florir. Aux autres suis nuisante, quand perir Je les contrains avecques leur ordure, Trop endurcis, ne voulans acquerir Contrition, ne vie saincte et pure.

Ainsi aux bons je fay plaisir qui dure, Et aux mauvais, perpetuel tourment. Qui voudra donc ne me trouver trop dure, Au Monde bas doibt vivre sagement, Sans se fier à son seul jugement: Mais en croyant au conseil veritable Qui vivre faict l'Ame éternellement Aux lieux, ou Dieu recoit l'homme équitable.

Verité.

J'approche fort d'Atropos l'execrable, Prier la fault de venir avec moy, Pour de propos severe, et raisonnable Espouventer ce miserable Roy. Il en aura craincte, comme je croy, Car Mort à tous donne craincte certaine, Or il est temps de parler, car je voy En son sejour la Chimere villaine.

Atropos.

Je mesbahis dont verité hautaine Vient en ce lieu de Serpens tout rempli, De son vouloir je suis toute incertaine, Ne quel il est, ni ou il prent son pli.

Verité.

O Atropos, parle je te suppli, Ne veux tu pas quelque plaisir me faire? S'il est par toy promptement accompli, Je m'emploiray à bien te satisfaire.

Atropos.

Preste je suis pour en tout te complaire, Fille de Dieu, qui ne mens nullement, Descouvre moy la fin de ton affaire, J'obeiray à ton commandement.

Verité.

Avecques moy il fault presentement Que viennes voir en ton horrible face Un Prince grand troublé recentement, Et que ta voix terrible peur luy face.

Atropos.

Je le veux bien, pour acquerir ta grace, Marche devant, tu me passes d'honeur, Je te suivray lentement à la trace Jusqu'au Palais de ce riche Seigneur.

Verité.

Le tout puissant, unique gouverneur Qui est aux siens piteux et debonnaire, Vueille donner au Prince si bon heur, Que de Sappho il se puisse deffaire.

Bon zele.

O qu'il me doit bien griefvement desplaire De n'avoir sceu reduire aucunement Ce Prince grand, ne son desir distraire De folle amour, par mon enseignement? Que verité n'a peu semblablement Le convertir à juste penitence. Si ay je espoir en Dieu fidelement Qu'il perviendra au fruict de repentence.

Car le Seigneur plein de haulte clemence Ha des pecheurs souventefois mercy, Je le supply que sa bonté immense En face autant de ce Monarque ici. Las, son erreur me mect en grand souci, O Toutpuissant par ta misericorde, Ren de ce Roy le cueur plus adouci, A celle fin qu'à ton vueil il accorde.

Atropos en parlant au Monarque.

Pense Monarque à la conscience orde Qui tient ton ame en grand captivité, Regarde moy, et ores te recorde De ton forfaict conceu d'iniquité, Tu as suivi prudence et equité Bien longuement, mais la perseverance N'a ensuivi ce moyen limité, Car en erreur tu fais ta demourance.

En bref mourras, recoy ceste asseurance Non en perdant le corps tant seulement, Mais l'ame aussi en extresme souffrance Qui durera perpetuellement.

Le Monarque.

O Dieu que j'ay en moy grand tremblement De ceste voix, et vision mortelle? Approchez vous de moy soudainement Mon enseigneur et vray ami, Bon zele.

Je ne receu onc une craincte telle, Las, c'est la Mort, O laide vision? O face horrible, execrable et cruelle? Mon cueur recoit humble contrition. Je recognois mon imperfection, Je recognois ma rebelle imprudence, O Toutpuissant plein de perfection Tu m'as produict ma coulpe en evidence.

Plus avec moy ne fera residence Ceste Sappho, qui m'a faict tresbucher, Preferer veux honeste continence Aux fols souhaicts et plaisirs de la chair. Doncques mon Dieu, dont le nom je tien cher, Je te suppli par ta misericorde Me pardonner, et me faire approcher De chasteté, de paix, et de concorde.

Quant à Sappho, à present je m'accorde Qu'on la dechasse ainsi qu'il est raison, Car je ne veux que soillure si orde Denigre plus ma Royalle maison. O Dieu qui m'as en idoyne saison Faict recognoistre et ma faulte et mon vice, Graces te ren, et par humble oraison Je te suppli d'oublier ma malice.

Ren moy constant en ta saincte justice A l'entretien de paix et charité, Graces vous ren O Bon zele, propice, A vous aussi ma dame Verité.

Bon zele.

Prince excellant en haute auctorité, Dieu soit loué de son sainct benefice, Dont vostre sens loing de temerité A recognu son charnel malefice.

Du Tout puissant la saincte main tutrice En grand santé vous vueille maintenir, Tant que vivray, j'emploiray mon office Pour vostre honeur garder et soustenir.

Verité.

Prince, pour donc vray salut obtenir, Chassez Sappho, comme chose damnable, Plus desormais ne fault la retenir, Car devant Dieu elle est abominable.

Le Monarque.

Ainsi me plaist, Pasiphile amiable, Mets la dehors de mon Palais Royal, Vivre je veux au lien honorable De mariage, ainsi qu'Espoux loyal.

Pasiphile.

Ca dame, ca, le vueil imperial M'a commandé hors ce Palais vous mettre, Sortez deshors, cherchez lict nuptial, Sans plus d'amour folle vous entremettre.

Sappho.

O qui est cil qui t'a voulu permettre D'ainsi chasser une dame d'honeur? Plaindre m'en voys au Monarque ton maistre Qui de ses biens m'est liberal donneur.

Bon zele en poussant Sappho.

Dehors, dehors, ce n'est que deshoneur De vostre faict, le Prince venerable Plus ne vous quiert, car ce n'est pas bon heur D'entretenir femme vituperable.

Sappho en s'en allant hors de la Court du Monarque.

Las, que je suis dolente et miserable, J'ay bien perdu ma joye et mes esbas, O que tu es, fortune, variable De mettre ainsi tous mes honeurs au bas. Fortune aveugle à bon droict tu me bas, Car j'ay de moy eu trop de confidence Par ma beauté qui durable n'est pas, Mais s'en ira bien tost en decadence.

Tout mon plaisir n'estoit qu'outrecuidance, En fardement, en diverse dorure, En vanitez d'excessive abondance, En jeux, en ris, en prodigue parure. De jour et nuict je n'avoys autre cure Qu'a me farder par quelque intention, Pour mieux complaire à mainte creature Qui à Vénus mect sa dévotion.

Chaste ne fut onc mon affection, Tousjours m'a pleu folle concupiscence, Tousjours tendant à ma perdition. Sans d'un vray Dieu chercher la cognoissance, Dames d'honeur qui vivez en plaisance, Consyderez mon infelicité, De fols plaisirs laissez la jouissance, Peu durera vostre felicité.

Felicité? c'est plus tost vanité, Prenez exemple au torment que j'endure, Je fus jadis en haulte dignité, Ores je suis en peine griefve et dure. Plaisir terrien c'est chose qui peu dure, Honeur mondain subit son cours à pris, Bref ce n'est rien du Monde qu'une ordure. Ou encor plus de malheur est compris.

Doncques humains, soyez tant bien apris De délaisser volupté délectable, Suivez l'amour qui conjoinct deux Espris En une chair, à Dieu chose acceptable. Chastes soyez en ce joug venerable, Sans, comme moy, ensuivir amour folle, Lors vous aurez le soulas perdurable, Qui les Espris divinement console.

Pasiphile.

De grand soulas ores le cueur me vole, Le Prince est sain tant d'Esprit que du corps Sappho s'en va, mais dont je me désolé, C'est de Bacchus, duquel je suis records, Car luy et moy faisions joyeux accords Buvans d'autant, o perte nompareille, Ce n'est qu'esmoy, ce ne sont que discords De perdre ainsi la sacree Bouteille.

Bon zele.

Fault desormais que vostre Esprit s'esveille (Roy souverain) en magnanimité, Et à garder une amytié pareille A vostre Espouse ayant tant merité. Vous estes sain, dispos, plein d'equité, Perseverez en toute temperance, Et l'Eternel qui hayt iniquité, Tousjours fera en vous sa demourance.

Le Monarque.

Bon zele, ayez de moy ceste asseurance Que par l'instinct du Seigneur toutpuissant Je me tiendray selon vostre esperance En vertu haulte et honeur florissant, Point ne seray (Dieu aydant) flechissant, Car je cognoys que pour au Ciel attaindre, Et de salut devenir jouissant, Il fault un Dieu aymer, servir, et craindre.

Verité en concluant.

Conclusion, pour les vices estaindre, Et pour avoir l'heritage des Cieux, Craindre il convient l'Eternel, sans se faindre. Et Atropos mettre devant les yeux, Comme avez veu par un Roy vicieux Non amendé du conseil veritable, Mais seulement du regard furieux De ceste Mort à tous espoventable.

O Peuple humain qui d'excessive table Fais ton seul Dieu, pour bien remplir ta pance, Et dont le cueur du Monde insatiable Trop enyvré, rien que tout mal ne pense, Voy que celluy qui bien et mal compense Te damnera, si desir ne te mord De demander pardon de ton offense A Christ, qui faict revivre l'homme mort.

Fin de la Comedie du Monarque.

Si ma plume autrefois à chanté vers lyriques, Eglogue Pastorale, ou Sonnets heroiques, Si par mainte Elegie on m'à veu resjouir, Les aureilles de ceux qui m'ont voulu ouyr, Je ne veux à present ce Labeur entreprendre Pour d'un stile joyeux quelque liesse prendre. Tramper je veux ma plume au lac d'Aigre Douleur, Et qu'au lieu d'estre blanche, elle ait noire couleur Signifiant le dueil que mon triste cueur porte De voir soubs un Tombeau une personne morte, Ceste personne, Helas, dont le corps est destruict, Avoit assez remply la Gaule de son bruict, Sans qu'on deust reciter par expresse Escriture Les haults dons qu'il avoit, & graces de nature, Mais le triste regret du Peuple pour sa Mort Me contrainct de plorer un tant noble homme mort, Et croy, amy lecteur, qu'en lisant l'ortographe De son nom excellant mis sur son Epitaphe, Avec moy espandras plus de souspirs et pleurs Que Pomone n'avoit en son jardin de fleurs. Las, c'est Jean Bouchetel, ce Royal Secretaire Duquel les grands valeurs ma Muse ne peut taire, Car les haultes vertus dont florissoit son nom Doibvent éterniser son illustre renom. Bourges qui fut le lieu de sa noble naissance, Et qui de son Scavoir avoit la cognoissance, Ayant sceu le trespas d'un homme tant perfaict, Un si horrible cry et grand dueil en à faict, Que toutes les forests et prochaines vallees Se sont d'Arbres, de fleurs, et de fruict despoillees. Et les prochains ruisseaux ont augmenté leurs cours, Des pleurs de ses amys qui pleurent tous les jours Le trespas de celluy, qui en haulte apparence De grand Esprit, avoit servy deux Roys de France, Le Secretaire estant de leurs commandemens, En grand pris et honeur de tous entendemens.

Aussi tost que la Mort, furieuse Chimere, Feit à ce Bouchetel sentir la poincte amere De son Dard venimeux, & que le Peuple oyant Si piteuse nouvelle, estoit tout larmoyant, Et mesloit à ses pleurs une triste complaincte, Des Pégasides Seurs la troupe docte & saincte Du mont Pernasse ouyt les regrets & douleurs Du Peuple Berruyer, qui fondoit tout en pleurs, Et pource que ces Seurs avoyent tousjours prisé, Ce noble Secretaire, et fort favorisé A ses doctes Escrits, à sa plume doree, Et à sa Poesie aux Gaules adoree, Apres avoir ouy la desolation Du Peuple regrettant telle perfection, Elles laissent leur mont plaisant et delectable Pour toutes assister au Tombeau lamentable De ce corps deslié d'un Esprit precieux, Qui desja place avoit au sainct repos des Cieux, Qui est aux bons Espris le promis heritage. Allons, mes Seurs, allons (dict Calliope sage) Voir le triste cercueil du noble Bouchetel, Qui pour vivre sans fin, laisse son corps mortel, Allons ouyr les cris de ce Peuple fidele Ou fut de nostre amy la Terre naturelle. Allons pour consoler ses amys et parens, Ses filles, et ses fils en honeur apparens. Car vous scavez, mes Seurs, qu'un tel Esprit cupide Fut à nous honorer, translatant d'Euripide De Grec en son Francois les beaux tragiques vers Qui au nom d'un grand Roy ont bruict par l'univers. Vous scavez, je le scay, que sa plume excellante Tousjours au bien public à esté vigilante, Vous scavez quel honeur par sa noble nature Il à tousjours porté à la litterature, Et de quelle faveur il à usé vers ceux Qui n'ont en Poesie onc esté paresseux. Donc si nous luy avons faict honeur en sa vie, N'ayons apres sa Mort moins favorable envie, Que dy je Mort, mes Seurs, ceux la ne meurent pas Qui ont los immortel à l'heure du trespas.

Soubdain que Calliope accomplie en Scavoir Prononcea ces propos, elle feit émouvoir Ses amiables Seurs, de laisser en arriere Leur sainct Sejour, pour voir la ville Berruyere, Ou le Peuple faisoit un dueil triste & amer Pour cest homme excellant qu'on vouloit inhumer, Adonc ces belles Seurs sainctes, & immortelles, Pour tost y assister, se preparent des Esles, Comme jadis alors que le faux Pirenee Les esperoit forcer d'une amour effrenee. Ainsi elles voloyent aussi legerement Comme voloit jadis Mercure promptement Lors que pour accomplir le vueil de Juppiter, Le Berger à cent yeux il vint descapiter. Donc ces belles neuf Seurs en Scavoir excellantes S'en vont parmy les Cieux legerement volantes, Jusqu'a ce qu'elles voyent de Berry la Contree Ou de Bourges leur est la ville rencontree, Ville de grand valeur, ou les loix et les arts Florissantes on voyt, et ou l'un des Cesars Feit faire (comme on dict) ceste puissante Tour Qui de ses ennemys se défend alentour, Ville qui est bornee aussi de maintes villes, De chasteaux, & de bourgs, et de terres fertiles, De rivieres d'estangs, et de coulans ruisseaux Ou poissons delicats nagent dedans les eaux, De vignobles aussi de Bacchus non indignes Auquel tous sont debteurs les culteurs de noz vignes, Et sur tout d'ysouldun la liqueur excellente Des vins, est au pais doucement violente, Vins pour faire banquets, et grand festivité, Bien que ce soit le lieu de ma nativité.

Grand admiration receurent ces neuf Muses De voir de ce pais les Richesses diffuses. Si tost qu'en ceste ville ou lon faisoit le dueil, Elle virent le Peuple espandant larmes d'oeil, Une griefve douleur va saisir leur Poictrine Pour le dueil qu'on faisoit du Pere de Doctrine, Et du bon Mecenas de Poésie aussi, Du noble Bouchetel, le Seigneur de Saci, Et n'eust esté que c'est le naturel des Dieux Des Déesses aussi, n'espandre l'armes d'yeux, On eust veu tant plorer les filles de Mémoire, Qu'on eust veu de leurs pleurs un lac grand, comme Loire, Toutefois pour monstrer leurs ennuys et douleurs, Elles feirent de grands souspirs au lieu de pleurs, Et d'un habit de dueil elles se sont parees, Pour à la sepulture estre mieux preparees. Le Peuple désolé en conduisant le corps Mesloit aux pleurs les cris, faisant tristes accords, D'autre costé la Mort espouventable et fiere Fort se glorifioit de voir en une Biere Le corps par elle occis, pource qu'il est charnel, Car son pouvoir n'ha rien sur l'Esprit éternel. Le Peuple Berruyer voyant en l'Er la Mort Tant se glorifier de ce noble corps mort, Ses pleurs change en vengence, et son dueil en grand ire Et tous ces mots piquans à la Mort il va dire.

Je m'esbahis comment, o laid Monstre, inhumain, Monstre horrible, & cruel, repeu de sang humain, Tu es tant effrené, et plein de violence, De tousjours faire effort à la grand excellence. O Chimere insensee, enragee Atropos, Pourquoy troubles tu tant des humains le repos, Te monstrant la plus grand de toutes les meurtrieres De nous priver souvent des choses singulieres? Il ne te suffist pas de mettre fin amere Aux enfans nouveaux nez du ventre de leur mere, Qui (s'ils eussent vescu) de sublime vertu Eussent abondamment eu l'Esprit revestu, Mais à ceux qui font fruict à une République Tu fais sentir l'effort de ta mortelle Pique. Tu le m'as faict scavoir, quand par toy assailli Fut ce Jaques Thiboust, Seigneur de Quantilli, Conjoinct par amitié à la personne morte Qu'en ce triste Tombeau, pour l'inhumer on porte. Et croy qu'a ce Thiboust tu vins oster la vie Par l'aguillon poignant de malheureuse envie, Pource qu'il estoit fort liberal aux douceurs De l'Escrit agreable aux Pernassides Seurs. De cela non contente O Chimere execrable Tu rends pasture aux vers ce corps tant honorable Du scavant Bouchetel, secretaire des Roys, Dont reparer ce tort oncques tu ne pourroys. Bourges avoit esté fertile et plantureuse D'avoir produict ce fruict qui la rendoit heureuse, Mais par ton grand outrage elle à perdu ce bien Qui tant luy profitoit, et ne te sert de rien, Sinon pour le monstrer Chimere furieuse, D'espandre sang humain en tout temps curieuse, Et pour monstrer en toy plus grande Tyrannie Qu'aux Tigres affamez qui sont en Hyrcanie, Tu m'as ravy l'honeur du gracieux Scavoir Duquel l'homme meschant ne veult notice avoir. Tu m'as osté la fleur des neuf Seurs Pégasides, Et le vray ennemy des folles Pierides. Tu m'as privé du fruict lequel avoit produict Bourges, belle Cité, digne d'immortel bruict, Ainsi Moutons paissans en l'herbageuse Plaine Point ne portent pour eux dessus leur Doz la laine, Semblablement pour eux petis oiseaux paissans Ne bastissent leur nid, mais pour hommes passans. Ainsi pour eux aussi les Beufs que le Joug serre, Ne vont roulans l'Ereau sur la fertile Terre. Ainsi pour leur proffit Abeilles amoureuses Ne font de leur doux Miel les liqueurs savoureuses. Donc, o cruelle Mort, considere l'outrage Qu'a present tu me fais par tyrannique rage. Considere le tort tant grand que tu m'as faict De me priver ainsi d'un homme tant perfaict. Si j'estoys l'Orateur dont l'Arpine se vente, Ou le Grec Démosthene en parole eloquente, Tu entendroys de moy des mots qui valent pis, O Chimere passant le venin des Aspics. Mais si ma langue n'est assez prompte & active Pour me plaindre de toy de piquante invective, Les bons autheurs Francoys qui mes cris entendront, A ta grand cruauté par Escrit respondront, Parquoy tu recevras tel vitupere et honte Que tu ne serviras que de fable et de compte Au Peuple simple et bas, qui de toy escrira La grand iniquité, laquelle il publira. Oste toy de mes yeux, O Alecto villaine, Qui fais mourir les fleurs de ta puante alaine. Absente toy d'icy tant les soirs que matins O maudicte Atropos, aux cheveux serpentins. Tu m'as assez grevé de m'oster au meur age Ce secretaire exquis, tant noble personnage, Et qui tant de faveur aux vertueux portoit, Et les adversitez des pauvres supportoit, Se monstrant mieux aymer des vertus l'exercice Que les thresors acquis par mondaine avarice. Assez m'as offensé, o Royne des Chimeres De me faire sentir tant de douleurs ameres, Me privant de celluy par mortel desarroy Qui tant estoit utile à mon Gallique Roy, Mais avec ton effort, de son ame immortelle Tu ne triompheras, comme de la mortelle Et transitoire chair de caduque action Qui tombe en un moment à putrefaction, Et dont j'appaiseray mon dueil, comme j'espere, C'est que ce bon Seigneur en fortune prospere A laissé beaux enfans de si nobles Espris, Qu'ils ne mourront encor que tu les eusses pris, Et par eux mon honeur apparent, on verra Tant que des Bouchetelz le Tige durera, Desquelz le doux regard et gracieuse forme Aux divines vertus du Pere se conforme, En démonstrant les dons de leur perfection Aupres de l'oeil Royal, par admiration Ou de leur vertu haulte et grace bien aymee Immortelle sera la noble Renommee. Le Peuple Berruyer tous ces regrets faisoit Quand la cruelle Mort (qui adonc s'amusoit A escouter les cris de ce Peuple fidele) A faict sortir ces Dicts de sa bouche cruelle.

Je ne mesbahis point si avec triste habit Qu'on porte par coustume au lamentable obit, O Peuple humain par trop endormy en tenebres Tu fais un si hault cry en tes Pompes funebres, C'est faulte d'approuver l'ordonnance de Dieu, Qui ceux qu'il ayme mieux, de ce terrestre lieu Tire tousjours à soy, pour monstrer que ce Monde Au pris de son Sejour, de vray plaisir n'abonde. Le plaisir terrien passe comme fumee, Ou comme seche Paille en cendres consumee, Mais le plaisir d'enhault dure éternellement, Que Dieu promect aux bons vivans fidelement. En ce divin Sejour sont plaisirs delectables Plus qu'on ne voyt au Ciel d'estoilles agreables, De ces plaisirs divins il convient estimer Le nombre estre plus grand, que des Sablons de Mer, Et qu'il n'y à d'Espis dedans les jaunes Blez Qui sont parmy les champs de Céres assemblez, Et qu'on ne voyt de pluye et de neige arriver, En la froyde saison du glacial Hyver. Dy moy (Peuple troublé de dueil melancholique) Dy tant que tu voudras que je te vexe & pique, Que je porte nuisance en mettant à l'envers Tant de corps, qui seront la nourriture aux vers. Tant que voudras, dy moy meschante & inutile, Monstre inhumain, armé de cruauté hostile, Si est ce que sans moy l'Esprit plus precieux Que n'est le corps mortel, ne s'en va voir les Cieux. Les Cieux estoient fermez par une forfaicture De cest homme premier, ouvrage de nature, Mais ce sainct Redempteur l'ouverture en à faicte Quand il fut mis en croix par une gent infaicte. Or devant le peché de l'homme transgresseur Je n'avoys aucun Dard qui peust estre agresseur Pour en faire mourir & succomber les hommes Au funebre tombeau, comme au temps ou nous sommes, Dont ce divin Sauveur de creature humaine (O peuple Berruyer) ne m'a dict inhumaine, Alors que sa bonté et grace tant valut De mourir en la croix, pour te donner salut, Sa divine bonté jamais ne m'a tancee Lors que de ses Esleus j'ay la fin avancee, En faisant mourir d'eux le corps tant seulement, Pour faire vivre l'Ame au Ciel durablement. Il est vray que mon dard porte double poincture, Scavoir douce et amere à mainte creature. Ceux qui sont endurcis en fraudes et malices, Et qui font tout leur Dieu de mondaines delices, Trouvent amer mon dard, à leur Mort cognoissans Qu'a Dieu ils ont esté trop desobeissans, Mais ceux qui ont suyvi le chemin d'equité, L'entretien de la paix, douceur, et charité, Ne trouvent de mon dard la poincture que doulce, Cognoissans que par moy leur ame au Ciel se poulse. Doncques, O peuple humain, à tort de moy te plainds Quand je fay succomber hommes de vertu pleins, Puis que par leur vertu qui à tous se descouvre, Le tout puissant Recteur son Paradis leur ouvre. Puis que tel as cognu celluy dont ton oeil pleure, Que ne t'asseures tu que son Esprit demeure En ce divin Sejour qui est promis à ceux Qui aux sainctes vertus n'ont esté paresseux? Et si j'ay renversé le corps, qui n'est que cendre, Tu n'en doibs contre moy en querele descendre. Celluy qui est sans fin, et le commencement, Ce Pere supernel, qui ayme doucement Les culteurs de son nom, avoit l'heure ordonnee A celluy que tu plainds, de sa fin terminee. Pourtant cesse tes pleurs, tes complainctes et cris, Ne me menace plus d'injurieux Escrits: Mais loue le Seigneur, et sa saincte ordonnance, Au veuil duquel ne fault user de repugnance.

Quand la maigre Atropos eut prononcé ces Dicts, D'une voix veritable, et loing de contredicts Qui peussent meriter, pour prouver le contraire, Le peuple Berruyer commence à se distraire De courroux enflamé, et son dueil appaisant, Aux propos de la Mort n'est plus contredisant, Et ainsi appaisé, monstrant meilleur visaige, Suyt le corps au Tombeau du deffunct, qui tant sage Et tant prudent estoit, quand son Esprit lié Estoit au mortel corps, dont Dieu la deslié, Et lors non sans regret fut mis en sepulture Le corps, qui est subject aux vers et pourriture, Et son esprit ayant des Cieux fruition, Attend d'un plus beau corps la resurrection.

Lors que mis au Tombeau fut le corps miserable, Des Pernassides Seurs la troupe venerable Feit graver au Tombeau du trespassé le nom, Avecques ses vertus de durable renom, Calliope, qui est des neuf Seurs la premiere, Sur le Marbrin Tombeau meit ces vers en lumiere:

L'epitaphe de Monseigneur Bouchetel, par la Muse Calliope.

Celluy qui du Laurier pernassien fut digne, Et qui avoit l'amour de moy & de mes Seurs, Ce noble Bouchetel, le Mecenas insigne De tous ceux qui aymoient Poetiques douceurs, La memoire de soy delaisse aux successeurs Avecques son corps mis en ceste sepulture, Mais O vous viateurs, soyez certains et seurs Que son renon n'est pas subject à pourriture.

Melpomené apres ce quatrain composa, Et dessus le Tombeau par ordre l'apposa.

L'epitaphe de mondict Seigneur Bouchetel par La Muse Melpomené.

Soubs un petit cercueil est la chair inhumee D'un serviteur Royal, c'estoit Jean Bouchetel, Mais de ses grands vertus ne meurt la Renommee Qui à ses successeurs le rendent immortel.

Ce quatrain fut escript, adoncques Terpsicore Decora le Tombeau de ces six vers encore.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Terpsicore.

Celluy qui sans cesser de noz honeurs cupide, Espandoit nostre nom par ce grand univers, Et qui a triomphé sur le Grec Euripide Translatant en Francois ses beaux Tragiques vers, Delaisse un corps mortel au funebre tombeau, Pour au divin repos voir un Regne plus beau.

Clio lors ensuivant en poetique Metre Ainsi de ce defunct les louanges va mettre.

Epitaphe dudict Seigneur par la Muse Clio.

Par les mains de Pallas la plume fut taillee Pour en servir deux Roys de France heureusement, Et par elle à celluy Bouchetel fut baillee Qui par sa Mort au Ciel vit eternellement.

Lors que Clio eut faict ainsi son Epitaphe, Thalie feit le sien, avec telle ortographe.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Thalie.

Celluy qui par sa plume et par son grand Scavoir Feit service à deux Roys, dont la vie est mortelle, Heureusement au Ciel le Roy des Roys va voir Qui à tous ses esleus donne vie immortelle.

Desque Thalie eut mis à son Escrit la fin, Erato meit ces vers dessus le Marbre fin.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Erato.

O Viateur, veux tu scavoir qui gist ici? C'est le corps d'un qui eut tant de graces infuses, C'est le bon Bouchetel, le Seigneur de Saci, La fleur, le bruict, l'honeur des vertus et des Muses.

Lors que par Erato le Tombeau fut orné, Son Epitaphe ainsi Euterpe a ordonné.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euterpe.

Celluy qui tant jadis vertu a faict florir, Laisse son corps mortel au Tombeau lamentable, Helas, c'est Bouchetel, mais son honeur mourir On ne verra jamais, car il est perdurable.

Euterpe avoit ja mis ces vers portans l'honeur Du noble Bouchetel, de Saci le Seigneur, Alors que Polymnie en son honeur aussi Apposa au Tombeau ces quatre vers ici.

L'epitaphe dudict Seigneur, par la Muse Polymnie.

Bourges, tu as esté ville bien fort heureuse D'avoir mis sur la Terre un homme si scavant, Qui ne meurt par la Mort, la gloire plantureuse De sa perfection, le rend aux Cieux Vivant.

Quand ces vers eut escrit la Muse Polymnie, L'epitaphe dernier fut tel par uranie:

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euranie.

Si vous voulez (Lecteurs) avoir perfection En ce Monde terrien, ou vanité abonde, A folles voluptez n'ayez affection, Mais tous cherchez au Ciel le thresor pur et monde, Comme ce Bouchetel, quand il vivoit au Monde, Qui par son bon Esprit acquit auctorité, Dont à present tiré hors de la Terre immonde, Il contemple à loisir les lieux d'Eternité. Quand ces belles neuf Seurs (dont l'honeur point ne tombe Dedans le lac d'oubly) sur la Marbrine Tombe Eurent gravé ces vers, avec un ordre tel Eternisant le nom du noble Bouchetel, Elles s'en vont voler sur leur mont de Pernasse Qui de sublimité les Nues outrepasse, Ou sans fin leur viendra de ce défunct memoire, Et de sa Progenie ou gist honeur et gloire.

Fin.