Versos French François Villon Cxii. [P. 68]

French poem

Cxii. [P. 68]

by

Listen in the reader

Quant de messieurs les Auditeux, Leur chambre auront lembroysée; Et ceulx qui ont les culz rongneux, Chascun une chaise persée, Mais qu'à la petite Macée D'Orléans, qui eut ma ceincture, L'amende soit bien hault taxée: Elle est une mauvaise ordure.

CXIII.

Item, donne à maistre Françoys, Promoteur de la vacquerie, Ung hault gorgerin d'Escossoys, Toutesfois sans orfaverie; Car, quant receut chevalerie, Il maugrea Dieu et saint George. Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie, Comme enragé, à pleine gorge.

CXIV.

Item, à maistre Jehan Laurens, Qui a les povres yeulx si rouges, Par le peché de ses parens, Qui beurent en barilz et courges, Je donne l'envers de mes bouges, Pour chascun matin les torcher... S'il fust archevesque de Bourges, Du cendal eust, mais il est cher.

CXV.

Item, à maistre Jehan Cotard, Mon procureur en Court d'Eglise, Devoye environ ung patard, Car à present bien m'en advise, Quant chicanner me feit Denise, Disant que l'avoye mauldite; Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise! Ceste Oraison j'ay cy escripte.

BALLADE ET ORAISON.

Père Noé, qui plantastes la vigne; Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher, Par tel party qu'Amour, qui gens engigne, De vos filles si vous feit approcher, Pas ne le dy pour le vous reprocher, Architriclin, qui bien sceustes cest art, Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

Jadis extraict il fut de vostre ligne, Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher; Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne, Certes, sur tous, c'estoit un bon archer; On ne luy sceut pot des mains arracher, Car de bien boire oncques ne fut faitard. Nobles seigneurs, ne souffrez empescher L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!

Comme um viellart qui chancelle et trepign L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; Et une foys il se feit une bigne, Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher. Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher Meilleur pion, pour boire tost et tard. Faictes entrer quand vous orrez hucher L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.

ENVOI.

Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher; Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard! Et si ne sceut oncq sa soif estancher, L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.

CXVI.

Item, vueil que le jeune Merle Désormais gouverne mon change, Car de changer envys me mesle, Pourveu que tousjours baille en change, Soit à privé, soit à estrange, Pour trois escus, six brettes targes; Pour deux angelotz, ung grand ange: Car amans doivent estre larges.

CXVII.

Item, j'ay sçeu, à ce voyage, Que mes trois povres orphelins Sont creus et deviennent en aage, Et n'ont pas testes de belins, Et qu'enfans d'icy à Salins N'a mieulx saichans leur tour d'escolle; Or, par l'ordre des Mathelins, Telle jeunesse n'est pas folle.