Versos French François Villon Lxi. [P. 49]

French poem

Lxi. [P. 49]

by

Listen in the reader

Car j'ay mys le plumail au vent: Or le suyve qui a attente; De ce me tays dorenevant. Poursuyvre je vueil mon entente, Et, s'aucun m'interroge ou tente Comment d'amours ose mesdire, Geste parolle les contente: «Qui meurt a ses loix de tout dire.»

LXII.

Je cognoys approcher ma soef; Je crache, blanc comme cotton, Jacobins gros comme ung estoeuf: Qu'est-ce à dire? que Jenanneton Plus ne me tient pour valeton, Mais pour ung vieil usé régnait... De vieil porte voix et le ton, Et ne suys qu'ung jeune coquart.

LXIII.

Dieu mercy et Jaques Thibault, Qui tant d'eau froide m'a faict boyre, En ung bas lieu, non pas en hault; Manger d'angoisse mainte poire; Enferré... Quand j'en ay mémoire, Je pry pour luy et reliqua, Que Dieu luy doint... et voire, voire, Ce que je pense... et cetera.

LXIV.

Toutesfoys, je n'y pense mal, Pour luy et pour son lieutenant; Aussy pour son official, Qui est plaisant et advenant, Que faire n'ay du remenant; Mais du petit maistre Robert?... Je les ayme, tout d'ung tenant, Ainsi que faict Dieu le Lombart.

LXV.

Si me souvient, à mon advis, Que je feis, à mon partement, Certains lays, l'an cinquante six, Qu'aucuns, sans mon consentement, Voulurent nommer Testament; Leur plaisir fut, et non le mien: Mais quoy! on dit communement, Qu'un chascun n'est maistre du sien.

LXVI.

S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas Receu les lays que je luy mande, J'ordonne que, après mon trespas, A mes hoirs en face demande; Qui sont-ilz? si on le demande: Moreau, Provins, Robin Turgis; De moy, par dictez que leur mande, Ont eu jusqu'au lict où je gys.

LXVII.

Pour le révoquer ne le dy, Et y courust toute ma terre; De pitié en suys refroidy, Envers le bastard de la Barre: Parmy ses trois gluvons de foerre, Je luy donne mes vieilles nattes; Bonnes seront pour tenir serre, Et soy soustenir sur ses pattes.

LXVIII.

Somme, plus ne diray qu'ung mot, Car commencer veuil à tester: Devant mon clerc Fremin, qui m'ot (S'il ne dort), je vueil protester, Que n'entends homme detester, En ceste presente ordonnance; Et ne la vueil manifester Sinon au royaulme de France.

LXIX.

Je sens mon cueur qui s'affoiblist, Et plus je ne puys papier. Fremin, siez-toy près de mon lict, Que l'on ne me viengne espier! Prens tost encre, plume et papier, Ce que nomme escryz vistement; Puys fais-le partout copier, Et vecy le commancement.

Ici commance Villon à tester.

LXX.

Au nom de Dieu, Père eternel. Et du Filz que Vierge parit, Dieu au Père oeternel, Ensemble et du Sainct Esperit, Qui saulva ce qu'Adam périt, Et du pery pare les Cieulx... Qui bien ce croyt, peu ne merit: De gens mortz se font petiz Dieux.

LXXI.

Mortz estoient, et corps et ames, En damnée perdition; Corps pourriz, et ames en flammes, De quelconque condition; Toutesfoys, fais exception Des patriarches et prophètes; Car, selon ma conception, Oncques grand chault n'eurent aux fesses.

LXXII.

Qui me diroit: «Qui te faict mectre Si très-avant ceste parolle, Qui n'es en Théologie maistre? A toy est presumption folle.» --C'est de JESUS la parabolle, Touchant le Riche ensevely En feu, non pas en couche molle, Et du Ladre, de dessus ly.

LXXIII.

Si du Ladre eust veu le doy ardre, Jà n'en eust requis refrigère, N'au bout d'icelluy doiz aherdre, Pour refreschir sa maschouëre. Pions y feront mate chère, Qui boy vent pourpoinct et chemise: Puys que boyture y est si chère, Dieu nous garde de la main mise!