Versos French François Villon L. [P. 44]

French poem

L. [P. 44]

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Je prens qu'aucun dye cecy, Si ne me contente-il en rien. En effect, je concludz ainsy, Et sy le cuyde entendre bien, Qu'on doit aymer en lieu de bien. Asçavoir-mon se ces fillettes, Qu'en parolles toute jour tien, Ne furent pas femmes honnestes?

LI.

Honnestes, si furent vrayement, Sans avoir reproches ne blasmes. S'il est vray que, au commencement, Une chascune de ces femmes Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, Pour estaindre d'amours les flammes, Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.

LII.

Or firent selon le decret Leurs amys, et bien y appert; Elles aymoient en lieu secret, Car autre qu'eulx n'y avoit part. Toutesfois, ceste amour se part: Car celle qui n'en avoit qu'un D'icelluy s'eslongne et despart, Et ayme myeulx aymer chascun.

LIII.

Qui les meut à ce? J'imagine, Sans l'honneur des dames blasmer Que c'est nature feminine, Qui tout vivement veult aymer. Autre chose n'y sçay rymer; Fors qu'on dit, à Reims et à Troys, Voire à l'Isle et à Sainct-Omer, Que six ouvriers font plus que troys.

LIV.

Or ont les folz amans le bond, Et les dames prins la vollée; C'est le droit loyer qu'amours ont; Toute foy y est violée, Quelque doulx baiser n'acollée. De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, Chascun le dit à la vollée: «Pour ung plaisir mille doulours.»

DOUBLE BALLADE SUR LE MÊME PROPOS.

Pour ce, aymez tant que vouldrez, Suyvez assemblées et festes, En la fin jà mieulx n'en vauldrez, Et sy n'y romprez que vos testes: Folles amours font les gens bestes: Salmon en idolatrya; Samson en perdit ses lunettes... Bien heureux est qui rien n'y a!

Orpheus, le doux menestrier, Jouant de flustes et musettes, En fut en dangier du meurtrier Bon chien Cerberus à troys testes; Et Narcissus, le bel honnestes, En ung profond puys se noya, Pour l'amour de ses amourettes... Bien heureux est qui rien n'y a!

Sardana, le preux chevalier, Qui conquist le regne de Crètes, En voult devenir moulier Et filer entre pucellettes. David ly roy, saige prophètes, Craincte de Dieu en oublya, Voyant laver cuisses bien faictes... Bien heureux est qui rien n'y a!

Ammon en voult deshonnorer, Feignant de manger tartelettes, Sa soeur Thamar, et deflorer, Qui fist choses moult deshonnestes; Herodes (pas ne sont sornettes) Sainct Jean-Baptiste en décolla, Pour dances, saultz et chansonnettes... Bien heureux est qui rien n'y a!

De moy, pauvre, je veuil parler; J'en fuz batu, comme à ru telles, Tout nud, jà ne le quiers celer. Qui me feit mascher ces groiselles, Fors Katherine de Vauselles? Noé le tiers ot, qui fut là. Mitaines à ces nopces telles, Bien heureux est qui rien n'y a!

Mais que ce jeune bachelier Laissast ces jeunes bachelettes, Non! et, le deust-on vif brusler, Comme ung chevaucheur d'escovettes. Plus doulces luy sont que civettes; Mais toutesfoys fol s'y fia: Soient blanches, soient brunettes, Bien heureux est qui rien n'y a!

LV.

Si celle que jadis servoye De si bon cueur et loyaument, Dont tant de maulx et griefz j'avoye, Et souffroye tant de torment, Se dit m'eust, au commencement, Sa voulenté (mais nenny, las!), J'eusse mys peine aucunement, De moy retraire de ses las.

LVI.

Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit preste d'escouter, Sans m'accorder ne contredire; Qui plus, me souffroit arrester, Joignant elle près s'accouter; Et ainsi m'alloit amusant, Et me souffroit tout racompter, Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.

LVII.

Abusé m'a, et faict entendre Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; De farine, que ce fust cendre; D'ung mortier, ung chapeau de feautre; De viel machefer, que fust peaultre; D'ambesas, que ce fussent ternes... Toujours trompant ou moy ou aultre, Et vendoit vessies pour lanternes.

LVIII.

Du ciel, une poisle d'arain; Des nues, une peau de veau; Du matin, qu'estoit le serain; D'un trongnon de chou, ung naveau; D'orde cervoise, vin nouveau; D'une truie, ung molin à vent; Et d'une hart, ung escheveau; D'un gras abbé, ung poursuyvant.

LIX.

Ainsi m'ont amours abusé, Et pourmené de l'uys au pesle. Je croy qu'homme n'est si rusé, Fust fin comme argent de crepelle, Qui n'y laissast linge et drapelle, Mais qu'il fust ainsi manyé Comme moy, qui partout m'appelle: L'Amant remys et renyé.

LX.

Je renye Amours et despite; Je deffie à feu et à sang. Mort par elles me precipite, Et si ne leur vault pas d'ung blanc. Ma vielle ay mys soubz le banc; Amans je ne suyvray jamais; Se jadis je fuz de leur ranc, Je declaire que n'en suys mais.