French poem
Iii. [P.8]
Je le feis en telle façon, Voyant Celle devant mes yeulx Consentant à ma deffaçon, Sans ce que jà luy en fust mieulx; Dont je me deul et plains aux cieulx, En requérant d'elle vengence A tous les dieux venerieux, Et du grief d'amours allégence.
IV.
Et, se je pense à ma faveur, Ces doulx regrets et beaulx semblans De très decepvante saveur, Me trespercent jusques aux flancs: Bien ilz ont vers moy les piez blancs Et me faillent au grant besoing. Planter me fault autre complant Et frapper en un autre coing.
V.
Le regard de Celle m'a prins, Qui m'a esté félonne et dure; Sans ce qu'en riens aye mesprins, Veult et ordonne que j'endure La mort, et que plus je ne dure. Si n'y voy secours que fouir. Rompre veult la dure souldure, Sans mes piteux regrets ouir!
VI.
Pour obvier à ses dangiers, Mon mieulx est, ce croy, de partir. Adieu! Je m'en voys à Angiers, Puisqu'el ne me veult impartir Sa grace, ne me departir. Par elle meurs, les membres sains; Au fort, je meurs amant martir, Du nombre des amoureux saints!
VII.
Combien que le départ soit dur, Si fault-il que je m'en esloingne. Comme mon paouvre sens est dur! Autre que moy est en queloingne, Dont onc en forest de Bouloingne Ne fut plus alteré d'humeur. C'est pour moy piteuse besoingne: Dieu en vueille ouïr ma clameur!
VIII.
Et puisque departir me fault, Et du retour ne suis certain: Je ne suis homme sans deffault, Ne qu'autre d'assier ne d'estaing. Vivre aux humains est incertain, Et après mort n'y a relaiz: Je m'en voys en pays loingtaing; Si establiz ce présent laiz.
IX.
Premièrement, au nom du Père, Du Filz et du Saint-Esperit, Et de la glorieuse Mère Par qui grace riens ne périt, Je laisse, de par Dieu, mon bruit A maistre Guillaume Villon, Qui en l'honneur de son nom bruit, Mes tentes et mon pavillon.
X.
A celle doncques que j'ay dict, Qui si durement m'a chassé, Que j'en suys de joye interdict Et de tout plaisir déchassé, Je laisse mon coeur enchassé, Palle, piteux, mort et transy: Elle m'a ce mal pourchassé, Mais Dieu luy en face mercy!
XI.
Et à maistre Ythier, marchant, Auquel je me sens très tenu, Laisse mon branc d'acier tranchant, Et à maistre Jehan le Cornu, Qui est en gaige détenu Pour ung escot six solz montant; Je vueil, selon le contenu, Qu'on luy livre, en le racheptant.
XII.
Item, je laisse à Sainct-Amant Le Cheval Blanc avec la Mulle, Et à Blaru, mon dyamant Et l'Asne rayé qui reculle. Et le décret qui articulle: Omnis utriusque sexus, Contre la Carmeliste bulle, Laisse aux curez, pour mettre sus.