Versos French François Villon Villon

French poem

Villon

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S’ils n’ayment fors que pour l’argent, On ne les ayme que pour l’eure.

Et m’eust il fait les rains trayner, S’il m’eust dit que je le baisasse …

Mais que ce jeune bacheler Laissast ces jeunes bacheletes ? Non ! et le deust on vif brusler.

Faulse beauté qui tant me couste chier, Charme félon, la mort d’ung povre cuer, …

Et nu à nu pour mieulx des corps s’aisier… Tout aux tavernes et aux filles… Pas ne le dy pour vous le reprouchier… Car en amours mourut martir, Où mieulx te plaist qu’onneur ceste meschance.

L’ung vault l’autre. Ordure amons, ordure nous assuit ; Nous deffuyons onneur, il nous deffuit, En ce bordeau où tenons nostre estat.

Au Charnier des Innocents, Dans l’éternel tourbillon Où roule toute la terre. Où tout s’en va pourrissant, Feuilles et fruits, fils et mère, Tu dors, ô pauvre Villon : C’est toi le plus innocent.

Les chats fourrés glapissant, Sorbonne, ce corbillon D’ânes et d’oies tant altières. Les sots mîtrés, ni les cent Vertus, ni les cent vipères Ne te feront plus misère : C’est toi le plus innocent,

Tous ceux qui furent paissant Un quignon de vie amère Dans les pleurs et la misère, Le cul nu, en guenillons, Te chantent avec ta mère : Dors bien, mon pauvre Villon, C’est toi le plus innocent.

Plus gras et plus pourrissant Dans leurs hautains pavillons. Les rois sont au cimetière ; Leur chair pue et leur chef sent. Bonne nuit et bonne terre, Dors bien, mon pauvre Villon : C’est toi le plus innocent.

Princes de l’or et du sang, Ici, au commun sillon. Vos Louvres n’ont plus de pierres ; Le moindre est le plus puissant : Plus que vous, il dure en terre ! Dors bien, ô pauvre Villon : C’est toi le plus innocent.