French poem
Xl
Fait au temps de ladicte date, Par le bon renommé Villon, Qui ne mange figue ne date; Sec et noir comme escouvillon, Il n'a tente ne pavillon Qu'il n'ayt laissé à ses amys, Et n'a mais qu'un peu de billon, Qui sera tantost à fin mys.
CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
CY COMMENCE LE GRANT TESTAMENT DE FRANÇOIS VILLON FAIT EN 1461.
I.
En l'an trentiesme de mon aage, Que toutes mes hontes j'eu beues, Ne du tout fol, ne du tout sage. Nonobstant maintes peines eues, Lesquelles j'ay toutes receues Soubz la main Thibault d'Aussigny. S'evesque il est, seignant les rues, Qu'il soit le mien je le regny!
II.
Mon seigneur n'est, ne mon evesque; Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche; Foy ne luy doy, ne hommage avecque; Je ne suis son serf ne sa biche. Peu m'a d'une petite miche Et de froide eau, tout ung esté. Large ou estroit, moult me fut chiche. Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.
III.
Et, s'aucun me vouloit reprendre Et dire que je le mauldys, Non fais, si bien me sçait comprendre, Et rien de luy je ne mesdys. Voycy tout le mal que j'en dys: S'il m'a esté misericors, Jésus, le roy de paradis, Tel luy soit à l'âme et au corps!
IV.
S'il m'a esté dur et cruel Trop plus que cy ne le racompte, Je vueil que le Dieu éternel Luy soit doncq semblable, à ce compte!... Mais l'Eglise nous dit et compte Que prions pour nos ennemis; Je vous dis que j'ay tort et honte: Tous ses faictz soient à Dieu remis!
V.
Si prieray Dieu de bon cueur, Pour l'âme du bon feu Cotard. Mais quoy! ce sera doncq par cueur, Car de lire je suys faitard. Prière en feray de Picard; S'il ne le sçait, voise l'apprandre, S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard A Douay, ou à Lysle en Flandre!