French poem
Lxiii
Les bateliers ne riaient plus, car sur les berges, de loin en loin il courait des rumeurs d'assez mauvais augure. Sur la barque les messieurs de Lyon parlaient déjà de gros bateaux à feu qui par machine, sans chevaux haleurs, sans câble ni traille, remonteraient contre eau.--«Allons donc! quelques sots pourraient croire à ces balivernes!» bramait Maître Apian, lorsque l'on causait de ces inventions. «Mais si ça pouvait être, que deviendraient tant d'hommes et tant d'hommes qui vivent du travail de la rivière, bateliers, charretiers, les aubergistes, les portefaix, les cordiers, tout un monde qui fait le grouillement, le brouhaha, la foule, l'animation et l'honneur du grand Rhône? Mais ne voyez-vous pas qu'il y aurait de quoi assommer, bougre! à coups de gaffe tous ces gueux d'exploiteurs du peuple, de perturbateurs et de philosophes!» Une appréhension pourtant, c'était visible, venait d'assombrir les visages; et ce n'est pas sans crainte que Jean Roche, embrouillé qu'il était par tant de choses troubles, examinait ce jouvenceau étrange qui, le matin d'avant, sur la penelle avait sauté, venant on ne sait d'où.