Versos French Frédéric Mistral Lxxv

French poem

Lxxv

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Le long du Rhône qui dans l'ombre luit et hors d'Avignon suivant le rempart, ils entrent doucement par la porte Ferrusse et du Limas à la Juiverie-Vieille ils montent en cachette, par les étroites rues, jusque là-haut vers le Château des Papes. Tout est désert à l'entour. Les fresaies, dans la noirceur effrayante que jettent les colossales tours, font leurs gémissements. Sur la cité qui dort tombent lugubres les douze coups de minuit. Au «qui vive?» --«Ami!» répond Jean Roche dans le sombre, car, pour déterrer les apôtres d'or avec son coup de main d'Hercule, le subtil et sage prince de Hollande lui a donné charge d'attendre à l'affût. Au pied des hautes murailles ténébreuses, le coeur en onde, les belles de Venise ont entrevu déjà dans leur pensée les barbes d'or de saint Jean, de saint Jude: le parchemin dans les doigts, l'une d'elles étudiant les lieux, cherchant les repères; une autre dans ses mains qui lui frétillent tenant la baguette divinatoire; et l'autre, penchée en fleur de narcisse, complaisamment sur le bras de Guilhem laissant aller son sein rebondissant. --«Par saint Antoine de Padoue, on en brûle!» a fait soudainement celle qui porte le brin de coudrier. Avidement chacun se précipite autour d'elle pour voir... Oh! jamais de la vie! Agitée d'elle-même, la houssine blanche va se tortillant et d'elle-même tourne vers la terre, marquant l'endroit précis, à quelques toises de l'Escalier du Pater où l'on monte vers l'église de Dom.--«On tient la mine!» Guilhem dit en riant, «Jean Roche, creuse!»