French poem
Lxxvii
Patron Apian, le maître d'équipage, est en haut du Caburle, distribuant des ordres que le prouvier répète. Groupe à groupe, les passagers s'embarquent pour la foire et d'un bateau à l'autre, en conséquence, vous n'entendez parler que de Beaucaire. De toute la contrée qui environne, de Carpentras, de Vaison, pour y vendre leurs parties de safran, de grenettes et de toute herbe de Saint-Jean séchée, et d'Avignon, pour y placer leurs pièces de taffetas, de velours et d'indienne, montent nombre de gens. Maîtres du quai et ceinturés, qui de vert, qui de rouge, selon qu'ils sont pour ou contre le roi, les portefaix aux poignes redoutables, et devant lesquels la terre tremblait, ont achevé leur tâche. Des poteaux eux-mêmes démarrent les divers cordages; et Maître Apian s'écrie, chapeau levé: --«Au nom de Dieu et de la sainte Vierge, au Rhône, les enfants!» Et les sept barques revirent de bord tour à tour et, combles de toutes les richesses de l'Empire et du Royaume, au pied de la Roque hautaine, vers le Midi reprennent la descente. Entre temps que le vieux patron modère du geste et de la voix les nautoniers: «Joliment! gentiment!» et pendant qu'ils s'engouffrent dans la féroce baie du pont de pierre que Bénézet le pâtre sur les ondes, il y a sept cents ans, éleva colossal, Maître Apian, lui, fidèle à la coutume des gens de Condrieu, tire un coup de chapeau au grand saint Nicolas--dont la chapelle chevauche sur le pont, svelte et jolie; et, une fois courant dans l'eau obscure où peu à peu descend la lueur de l'aurore, il redit la prière habituelle: O notre père! Ainsi, à leur réveil aux premiers rais du jour, font les nichées.