French poem
Xcviii
Le prince hollandais avec l'Anglore s'étant rejoints à bord, la jeune fille lui a dit:--«Quel est donc, ô Drac, ce conte que sur la rive, l'autre jour, dans la nuit, on t'aurait trouvé mort?»--«Belle mignonne, a répondu Guilhem, mais ce n'est pas un conte, car, traîtreusement, d'un sachet de sable on m'a saquetté.»--«Qui donc?»--«Un tenant de ces trois donzelles vindicatives auxquelles j'aurai oublié peut-être d'acheter leur foire.»--«Les jalouses! Mais n'aurais-tu pas dû, toi, les ensorceler?» en s'emportant cria l'Aramonaise. «Et tu ne sais pas, mon beau, que celui qu'on frappe dans le dos avec un coussinet, sans que personne y voie goutte ni trace, n'en guérit point, meurt de la meurtrissure?» Mais Guilhem fit en souriant:--«Enfant! tu croirais donc qu'il peut, le Drac du Rhône, être ainsi déconfit?» La jeune espiègle resta un moment à le regarder: --«C'est vrai, dit-elle ensuite; comme je suis nigaude! Le génie, le follet qui est le roi de l'onde, qui est mon dieu, mon tout, qui dans les lones bleues perpétuellement retrempe sa jeunesse, comment est-ce possible qu'il baisse pavillon devant la loi du vulgaire, la mort! Non, je te vois, mon Drac, tel que doit être l'Esprit Fantastique du fleuve majeur, immortel! Et quand ton regard m'appelle, il me semble aller, m'en aller dormante vers un agrément que rien ne réveille. Je ne sais où je vais: si je me perds, de me perdre avec toi, eh bien! cela me plaît.»