French poem
Xvi
Mais le vrai, le voici: par une suggestion qui vient du sang, Guilhem (ainsi se nomme le beau dauphin de la nation flamande) veut rouler par le Rhône. Il veut connaître l'aire qui le couva, la terre illustre qui lui transmit le noble nom qu'il porte, Orange et sa célèbre Gloriette, château fort et palais de ses aïeux au temps féroce des guerres sarrasines. Et il veut parcourir et voir chacun des lieux où ont laissé leurs vestiges ces princes dont le Cornet sonna dans les tirades de toutes les chansons chevaleresques. Il veut s'initier à ce langage dans lequel Béatrix de Romans gazouillait ses doux accents lesbiens, la langue allègre en laquelle chanta la Comtesse de Die ses lais d'amour avec Raimbaud d'Orange. Il a lu. Il se sent aux entrailles, à de certains moments, les ambitions superbes, le reverdissement des grandes envies folles qui vers la gloire ont exalté ses pères et le regret des conquêtes perdues. Mais pourquoi le regret, si des ancêtres il pouvait recouvrer la terre ensoleillée en l'embrassant de son regard avide! Qu'est-il besoin d'épées qui étincellent pour s'emparer de ce que l'oeil nous montre? Et ne serait-ce pas trop beau, tout simple aussi, de reconquérir ce fleuron d'Orange, ce franc-alleu que tinrent ceux des Baux, et cet empire enfin des Bosonides qui dans le cri «empire!» dure encore, en s'accointant aux bonnes gens du peuple qui l'ont gardé, le cri des souvenances? On le dit bien de qui est populaire: «C'est notre roi, c'est un roi!» Eh! bon Dieu, quoi davantage? autant lui en advienne! Car à leur tour croulent les châteaux forts, comme il apparaît là sur chaque mamelon, et tout s'éboule et tout se renouvelle... Mais sur tes cimes, immuable Nature, à tout jamais les thyms éclosent et toujours les pasteurs et pastourelles s'y vautreront sur l'herbe au renouveau.