Versos French Frédéric Monneron À M. Olivier

French poem

À M. Olivier

by (1813–1837)

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Quand les chênes moussus, vieillis dans les bruyères, Sur un sol clair-semé d’ombres et de lumières, Se dorent aux rayons du soir… Lorsqu’aux pentes des monts parfumés et plus sombres Danse sous les noyers un léger réseau d’ombres, Souvent j’ai cru vous entrevoir.

Je vous vois quand, le soir, le meunier paît sa mule, Ombre mélancolique assise au crépuscule, Sur des éclats de rocs herbus… Ou rêveur, accoudé sur des ponts solitaires Dont la poutre verdâtre enjambe les eaux claires, Au travers des sapins barbus.

Alors je crois aussi vous entendre redire Ce chant limpide et doux que tout oiseau soupire : « Daignez accueillir mon amour ! » — Poète, croyons-nous à l’amour sur la terre, Nous qui pour nos chansons réclamons le mystère, Nous qu’épouvante le grand jour ?

Non, non, ce n’est qu’au ciel que veut être entendue L’idéale musique en nos cœurs répandue ! Silence !… est le mot d’ici-bas ! Ah ! ce pauvre exilé qui passe sur la route, Pourquoi, quand vous chantez, voulez-vous qu’il écoute ? Du ciel il ne se souvient pas !…

Pourtant il en est un qu’émeut ta poésie, Seule fleur que son ame au passage a saisie, Pour être moins lasse en chemin. À vos accents mon ame errante, soucieuse, Revêt cette jeunesse aimante, harmonieuse, Qui n’aura point de lendemain.

Poète !… tu vois donc, puisque j’aime à t’entendre, Qu’il faudra bien m’aimer un jour ; Car deux ames jamais ne pourront se comprendre Qu’au rendez-vous du Dieu d’amour.