Versos French Frédéric Monneron Adieu

French poem

Adieu

by (1813–1837)

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Je veux pour toi dire mon chant suprême ; Car pour une âme inhabile à s’ouvrir, Il est si doux de redire qu’elle aime, Quand ceux qu’elle aime ont dit : « Il faut partir. » Oui, j’ai goûté rêve, avenir, tendresse ; Sur moi des cieux il tomba quelques fleurs ; Et cependant il manque à ma richesse : Toi qui t’en vas, laisse-moi de tes pleurs.

Je t’avais dit (ô rêve plein de charmes !) : Je te suivrai loin de ton beau pays ; Pour le pleurer nous confondrons nos larmes ; Nous redirons nos jours évanouis. Mais non, toujours il fallut à ma vie Cet autre exil… solitude des cœurs ! Adieu ! là-bas, si quelque ami t’oublie, Pauvre exilé, souviens-toi de mes pleurs.

Au loin les cieux ont des clartés sereines ; Leur tendre amour t’y fait un avenir. Vas, comme ici, là-bas, traîner tes chaînes, Aimant beaucoup pour ne pas trop souffrir. Et dans la nuit, quand naîtra ton étoile, L’ame attentive à ses blanches lueurs, Au vent natal tu livreras ta voile, Et sur ces bords tu sécheras tes pleurs.

Pars, n’attends pas, délaisse nos rivages ; Contre le cœur, l’espace est impuissant. L’amitié, forte au travers des orages, Plus nettement articule son chant. Oh ! dans quel rire a-t-on pu se comprendre ? Les saints amours sont fils de nos douleurs. Joyeux élans doivent se désapprendre ; Le ciel toujours se ressouvient des pleurs.