French poem
En Bretagne
by Georges de Porto-Riche (1849–1930)
Oh ! si vous demandez au Ciel un noir recueil ! Voyageur, voyageur ! si la pensée en deuil, Vous cherchez vainement pour soulager votre âme Ou vous soustraire un jour à cette vie infâme, Un pays sombre, triste, à votre cœur pareil ! Quand la mer sera basse, un matin sans soleil, À l’aube, quand le jour est encore assez terne, Partez de Pennmarck, marchez vers Audierne ! Tournez le dos aux champs, aux hameaux, aux clochers, Et descendez la côte en suivant les rochers ; Allez droit devant vous, allez dans votre rêve ! Et devant le spectacle horrible de la grève, Malheureux, vous pourrez facilement pleurer, Blasphémer plus à l’aise et mieux désespérer ! Là, point de chaume au loin, point de vertes collines, Point de riants chalets festonnés de glycines, Ni barques de pêcheur, ni chants de matelot ; Mais le désert immense et le bruit seul du flot, Mais une solitude infertile et perdue ! De noirs écueils au bord de la morne étendue ; Un rivage maudit, fait d’horreur et de nuit ; Quelques voiles au loin, un goëland qui fuit ; Sur un abîme, afin d’en défendre l’approche, Un calvaire en granit au sommet d’une roche ; Un ciel gris ; un vent froid ; le cri sourd de la mer ; Rien que la Thébaïde et que le gouffre amer ! Quelquefois seulement, enroulé d’un vieux câble, Palmier de ce désert, un mât sortant du sable, Au lointain, près du flot, par les vents fracturé ! Débris d’un vaisseau mort, sous la grève enterré, Qui, dans l’isolement qui saisit et qui navre, Morne, laisse passer son bras, comme un cadavre !