French poem
Hymne
by Georges Lafenestre (1837–1919)
Je porte en moi l’âme du Monde, L’âme du magnifique & vivant Univers, Ame mobile, âme féconde Où des Printemps hardis chassent les durs Hivers !
La Terre, en qui je bois ma force, Me mêle à ses gaîtés ainsi qu’à ses douleurs, Comme l’arbuste à frêle écorce Trempé de sa rosée & teint de ses couleurs.
O misère ! La froide brume Appesantit mon rêve avec le front des bois. O splendeur ! L’aube qui s’allume Dans tous les plis du cœur m’illumine à la fois.
Hors de moi s’enfuit quelque chose Sur le cours d’eau, sur l’aile agile des ramiers, Je sens rire en moi, blanche & rose, La floraison d’avril tremblant sur les pommiers.
Avec les grands pins que tourmentent Sur leurs pics de granit les ouragans hurleurs, Soudain, mes pensers se lamentent, Et se dressent, d’un jet, vers d’étranges hauteurs !
Et le mot, le seul mot d’espace Sous mon crâne surpris ouvre de tels déserts, Que l’hirondelle, bientôt lasse, Regrette, à les franchir, l’immensité des mers.
En toi, par toi, Monde admirable, Je vis, mêlant ma force à ton activité ; Je suis ta course infatigable, Sans peur, comme l’enfant par sa mère emporté.
Marchons. Quelqu’un doit nous attendre Je ne sais où. Marchons par l’espace & le temps Hélas ! sans jamais rien comprendre À ce commun labeur qui nous tient haletants !