Versos French Georges Rodenbach Cellules et salons

French poem

Cellules et salons

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Au Docteur Van Weddingen.

Dans les salons de fête et par les joyeux soirs J’ai songé bien des fois aux religieux mystiques Portant leur propre deuil dans leurs longs manteaux noirs, Et j’ai senti pour eux des pitiés sympathiques Dans les salons de fête et par les joyeux soirs !

Tandis qu’ils font monter leurs hymnes suppliantes, Nous dansons dans le bruit chantant des violons, Serrant les corps nerveux et les tailles pliantes Des femmes dont le rire éclaire les salons, Tandis qu’ils font monter leurs hymnes suppliantes !

Ils épuisent leur force aux mornes voluptés De contempler la croix où Jésus-Christ se livre Et leur tend dans la nuit ses bras ensanglantés Sous les rayons blafards de leurs lampes de cuivre, Ils épuisent leur force aux mornes voluptés !

Nous regardons passer des profils blonds et roses Riant dans les miroirs comme dans des étangs ; Eux cherchent Jésus-Christ dans les apothéoses Des vitraux, que la lune éclaire par instants ; Nous regardons passer des profils blonds et roses.

Ils ont vidé leurs cœurs pour y faire entrer Dieu, Et dans leur petit temple aux couleurs nuancées Ils ornent les autels où luit la lampe en feu, Au lieu que nous parons nos douces fiancées, Ils ont vidé leurs cœurs pour y faire entrer Dieu !

Peut-être empêchent-ils que l’orage n’éclate : Ils sont les matelots et nous les passagers ; Vers l’éternité sombre ils poussent la frégate, Pendant que nous chantons conjurant les dangers ; Peut-être empêchent-ils que l’orage n’éclate !…