French poem
Communiantes
Dans l’aube adolescente aux frissons indécis Où le soleil d’avril s’épand comme un glacis, On les voit s’avancer, Communiantes pâles, Cachant leurs bras frileux aux plis tièdes des châles ; On les voit s’avancer, et leur voile tremblant, Devant leurs yeux de vierge, a tout teinté de blanc. Et celles de la rue et celles des carrosses Vont riant au soleil dans des blancheurs de noces Et le blanc des souliers comme le blanc des bas Semble se fondre en neige à chacun de leurs pas ! La mousseline frêle au lointain s’évapore En brouillards cheminant dans le bleu de l’aurore, Et leurs robes de tulle aux plis multipliés Évoquent des oiseaux dont les vols repliés Les feraient doucement glisser sur une eau morte, Ou des Vierges d’anciens monastères qu’on porte
Dans les processions, sur de grands piédestaux, Avec un tremblement le long de leurs manteaux !
Et voici qu’elles vont, Communiantes pâles, Vers les portails noircis des grandes cathédrales Et vers les roses nefs des chapelles en fleur Où, pour réconforter leur jeûne et leur pâleur Par des blancheurs de ciel qui leur soient assorties, Jésus leur a dressé la table des Hosties !
Mais demain dans la rue on va déjà les voir Passer dans leur costume uniformément noir Sans qu’on les reconnaisse, et sans qu’aucun devine Le frisson vaporeux qu’avait la mousseline Sur leur corps vierge et pur, presque immatériel, Tellement qu’on eût dit qu’elles venaient du ciel ! C’est fini pour toujours des robes défraîchies, Des rêves de l’enfance et des branches fléchies Sous le fardeau des fleurs toutes blanches d’avril. Leurs âmes qu’exaltait un bonheur puéril Et qui s’ouvraient dans l’aube au printemps des années Verront tomber aussi leurs floraisons fanées Comme les arbres noirs défleuris sans retour, Car les grâces du blanc sont des grâces d’un jour !