Versos French Georges Rodenbach Effet de soleil

French poem

Effet de soleil

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Oh ! que j’aime les paysages De notre beau pays flamand. Pour moi, les rêveurs sont des sages Lorsqu’ils cherchent l’isolement.

Car on se sent le cœur plus libre Loin du monde vil et banal, Devant la nature qui vibre Et chante l’hymne matinal.

Dans la musique de l’aurore Frémissent les arbres mouvants, Comme un grand orchestre sonore Que domine la voix des vents.

Le ruisseau tombe en cataracte Sous un rustique pont de bois ; Les oiseaux donnent sans entr’acte Leur gai concert au fond des bois.

L’insecte au dos luisant, qui glisse Dans le gouffre d’un filet d’eau, Sur quelque brin d’herbe se hisse Et le conduit comme un radeau.

Aux champs les blanches pâquerettes Pour mieux plaire aux zéphyrs aimants, Ont repassé leurs collerettes Où l’aube met des diamants.

Les laveuses font leurs lessives Dans la rivière, en s’y mirant ; Et les saules, nymphes pensives, Lavent leurs cheveux au courant.

Le long des chemins et des plaines Les vaches, branlant leurs grelots, Vont beuglant, les mamelles pleines Du lait qu’on va leur traire à flots.

Les grenouilles mélancoliques Roulant de gros yeux entr’ouverts, Chantent d’étranges bucoliques Et plongent sous les roseaux verts.

On fait les foins. L’herbe parfume ; Les moulins agitent leurs bras ; La forge est flamboyante et fume, Soupirail d’enfer plein d’éclats.

Dans le taillis vert d’émeraude, Où murmure l’écho jaseur, Un lièvre roux s’avance et rode Sans s’inquiéter du chasseur…

L’abeille se hâte à la ruche ; La blonde fille badinant, Emplit à la source sa cruche Presque vidée en revenant,

Car elle a trop fait la coquette, Trop folâtré près des garçons, Dans les sentiers où l’alouette Effeuille un bouquet de chansons !

Tout resplendit dans la lumière : Sur de larges bancs vermoulus, Près de sa porte, la fermière Sourit à ses marmots joufflus.

Son mari récolte des gerbes Dans son petit champ bien planté Elle, veut des enfants superbes, C’est sa moisson de chaque été.

La blanche aïeule triomphante Aime à balancer des berceaux ; Car plus sa brave fille enfante Plus le bonheur livre d’assauts,

Plus vers le ciel s’offrent de têtes Plus le Seigneur devra bénir, Et plus on aura de mains prêtes Dans la souffrance pour s’unir.

Nature ! Harmonie ineffable Du ciel, de la ferme et des champs. Tout parle ainsi que dans la fable, Tout est rayon, parfum et chants.

Dans la nature tout s’enchaîne Pour l’œil du poète profond : L’homme, l’oiseau, l’astre, le chêne Ont leur plendide œuvre qu’ils font.

Et Dieu, d’où descend toute flamme, Fait luire, en rayon fraternel, Son nom à l’horizon de l’âme, Son astre à l’horizon du ciel.