French poem
Un souvenir à l’hôpital
by Hégésippe Moreau (1810–1838)
Sur ce grabat, chaud de mon agonie, Pour la pitié je trouve encor des pleurs ; Car un parfum de gloire et de génie Est répandu dans ce lieu de douleurs ; C’est là qu’il vint, veuf de ses espérances, Chanter encor, puis prier et mourir : Et je répète en comptant mes souffrances : Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
Ils me disaient : Fils des Muses, courage ! Nous veillerons sur ta lyre et ton sort ; Ils le disaient hier, et dans l’orage La Pitié seule aujourd’hui m’ouvre un port. Tremblez, méchants ! mon dernier vers s’allume, Et si je meurs, il vit pour vous flétrir… Hélas ! mes doigts laissent tomber la plume : Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
Si seulement une voix consolante Me répondait quand j’ai longtemps gémi ! Si je pouvais sentir ma main tremblante Se réchauffer dans la main d’un ami ! Mais que d’amis, sourds à ma voix plaintive, À leurs banquets, ce soir, vont accourir, Sans remarquer l’absence d’un convive !… Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
J’ai bien maudit le jour qui m’a vu naître ; Mais la nature est brillante d’attraits, Mais chaque soir le vent à ma fenêtre Vient secouer un parfum de forêts. Marcher à deux sur les fleurs et la mousse, Au fond des bois rêver, s’asseoir, courir, Oh ! quel bonheur ! oh ! que la vie est douce !… Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !