French poem
Les plus fiers animaux
by Isaac de Benserade (1613–1691)
Les plus fiers animaux, l’un à l’autre opposez, Ne laissent pas d’avoir l’âme reconnoissante ; Et bien plutôt que vous, ils sont aprivoisez, Vous, de qui la douceur n’est rien moins qu’innocente.
Loin d’alléger mes fers qui devroient être usez, Vous insultez vous-même à ma douleur pressante ; Et tout le monde sçait que vous me méprisez, Ingrate, n’est-ce pas assez que je le sente ?
Si le bruit du triomphe importe à vos appas, Où n’est-il point connu que vous ne m’aimez pas ? Pour dire un malheureux il suffit qu’on me nomme.
Un amant souffre tout et doit être constant ; Mais, injuste beauté, sçachez qu’un honnête homme Ne s’accommode point d’un mépris éclatant.