Versos French Isaac de Benserade Le Jaloux

French poem

Le Jaloux

by (1613–1691)

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Le déplaisir qui me combat, Me fait connoître que le sage Doit embrasser le célibat, Et détester le mariage.

Ô que mon cœur est agité ! Qu’il est remply d’inquiétudes ! Ma femme a l’esprit si gâté Qu’elle est l’antipode des prudes.

Son orgueil ne se peut guérir ; Elle s’égale aux souveraines ; Et son luxe a fait enchérir La dentelle et le point de Gênes.

Pour éblouïr les jeunes foux Et passer prés d’eux pour un Ange, Elle a dépeuplé de bijoux Les boutiques du Pont au Change.

La folle a si bien ménagé Les doux appas de sa prunelle, Que mon lit se voit assiégé De plus de braves qu’Orbitelle.

Dans l’entretien de ces Vaillans, Dont elle veut être adorée, Son caquet prend tous les brillans De l’éloquence figurée.

Ses paroles sont toutes d’or, Rien n’échappe à sa Rhétorique, Et Paris n’a point de Médor Dont elle ne soit l’Angélique.

Elle me rend si malheureux, Que mon chagrin n’a plus de bornes ; Je croy qu’un peuple d’amoureux Travaille à me planter des cornes.

Mille peurs troublent mon cerveau, Dés que son page approche d’elle, Je crains tout, même le tableau Du héros peint dans ma ruelle.

Que je serois aimé des Cieux, Si cette belle vagabonde Alloit débaucher nos ayeux Et coqueter en l’autre monde.