French poem
Aladin
by Iwan Gilkin (1858–1924)
Et si je descendais aux souterrains magiques ? — Des milliards d’argent et d’or prodigieux, Rêve immémorial d’empereurs nostalgiques, Moutonnent sur le sol en fleuves glorieux.
Aux arbres de corail jaillis de maint haut vase Pendent des fruits natifs d’un fabuleux Ophir : Poires d’aigue-marine, abricots de topaze, Groseilles de rubis et prunes de saphir.
Mais dans la niche au fond du caveau du miracle Mystérieusement brûle un flambeau sacré, — Lumière, ô mon seul rêve ! — et son éclat nacré Angélise l’opale en feu du tabernacle.
Arrière, fruits, joyaux, qu’ici laissent gésir Mes superbes dédains, ailés vers cette flamme ! Mais hélas ! Idéal ! Mais hélas ! ô mon âme ! À peine atteint, s’éteint mon lumineux désir.
Plus de jardin gemmal, rien qu’une âpre broussaille, Des ronces, des chardons, des herbages fangeux Et des roseaux puants, mous et marécageux Où, luisants de poisons, maint reptile tressaille.
Plus de souterrain d’or ; mais, grouillant de honteux Insectes, une cave ignoble et vénéneuse, — Symbole désolant, image douloureuse Du désastre éternel de nos plus nobles vœux.