French poem
L’Amour fossoyeur
by Iwan Gilkin (1858–1924)
La joue en fruit comme une pêche, Les bras rythmés comme les flots, Le beau jeune homme arquant le dos Dans le sol enfonce la bêche.
Salut, divin adolescent ! Sur ton épaule lisse et ronde Roule ta chevelure blonde En fleuve d’or éblouissant.
Elle ondule et baigne tes ailes Pavoniennes, aux grands yeux fous, Dans leurs battements lents et doux Ouvrant des milliers de prunelles.
Puissant Erôs, dieu du Désir, Ta chair fait frémir la lumière ; Et ta poitrine printanière, Qui peut la baiser sans mourir ?
Ton haleine ébranle les mondes, Tes yeux, qu’aimante le soleil, Suscitent l’avenir vermeil Du sein des caresses fécondes.
Ô fleur suprême de la chair, Forme idéale de la vie, C’est par toi que l’âme ravie Pour prendre un corps quitte l’éther.
Et c’est aussi par ta puissance Que les esprits inférieurs Montent vers les mondes meilleurs De délivrance en délivrance.
Pourquoi donc sur ta lèvre en feu Ce cruel et triste sourire ? Sur tes pieds sacrés je vois luire Tes larmes et ton sang de dieu.
La terre en est tout arrosée, Et sous ta bêche, par moments, Se brisent de blancs ossements Croulant dans la fosse creusée.
L’Amour travaille pour la Mort. En vain, sans repos, il engendre, Dans la tombe tout doit descendre Comme de la tombe tout sort.
Et jamais sous les cieux moroses Ne cessent tes labeurs divers, Ferment divin de l’univers, Ô Siva couronné de roses !