French poem
La Bonté
by Iwan Gilkin (1858–1924)
Bonté ! ton nom devrait être : le Suicide. Tu terrasses l’instinct juste, propice et fort, Qui repousse l’attaque et qui prévient l’effort Malfaisant, et qui fait notre plus sûre égide.
Tu déprimes l’orgueil soupçonneux et lucide ; Par toi, la haine tombe et la vengeance dort ; Toute force, en nos cœurs, tu la frappes de mort ; Tu mêles notre sang d’une eau fade et perfide.
Ô bonté, l’idéal des faibles et des fous, Molle idole de boue où se meurent les coups, Le lâche et l’impuissant t’adorent à genoux !
Et si le sage admet ta grâce surannée, Tu deviens dans sa main hypocrite et damnée Et bouclier d’ouate et lame empoisonnée.