Versos French Iwan Gilkin La Bouche

French poem

La Bouche

by (1858–1924)

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Dans ton visage à peine rose Ta bouche, en son éclat vermeil, C’est dans le ciel blanc de nivôse Le corail d’un rouge soleil.

Bouche de pourpre et d’écarlate, De quel rubis éblouissant, De quel grenat, de quelle agate Sont faites tes splendeurs de sang ?

Quelles palettes cramoisies Ont jeté sur tes lobes fins Leurs rubescentes fantaisies De vermillons et de carmins ?

Vase rare, empli d’aromates, Où le musc, le poivre, l’encens, Le piment rouge et les tomates Embaument et brûlent les sens ;

Corbeille choisie, où les fraises, Les framboises d’un rose obscur Mêlent à la couleur des braises La fine odeur du fruit trop mûr ;

Fier bouquet de fleurs somnolentes, Où l’opium des lourds pavots Au matin des nuits turbulentes Pâme les cœurs et les cerveaux ;

Verre, où les vins pleins de prodiges — Chambertin, Hermitage, Nuits — Aroment leurs rouges vertiges, Endormeurs des cuisants ennuis ;

Tes parfums lourds, tes senteurs fortes Rappellent aux combats d’amour Les nerfs cassés et les chairs mortes, Comme un mâle bruit de tambour.

Dans notre alcôve, où le cinabre Qui rougit le pesant rideau, Met, comme du sang sur un sabre, Sur les draps une ombre ponceau,

Bouche, aux vices profonds savante, Nourris, sans jamais t’apaiser, De ma chair nerveuse et fervente Les ventouses de ton baiser !