Versos French Jacques Normand 1 (Voletant court, trottant menu…)

French poem

1 (Voletant court, trottant menu…)

by (1848–1931)

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Voletant court, trottant menu, Le moineau franc — oiseau connu, Type vulgaire — Parmi ses frères emplumés Magnifiquement costumés Ne compte guère. Humble sons son plumage gris Il va, jetant dans tout Paris Ses notes grêles, Et son pirrouit faubourien Ne saurait rappeler en rien Les tourterelles. Mais s’il n’a, le pauvre petit, Ni la voix, ni l’air, ni l’habit Des races fines ; S’il ne peut, en mi comme en sol, Chanter, pareil au rossignol, Ses cavatines, Du moins est-il gai, bon garçon, Sans amour-propre, sans façon, Exempt de pose… Dans notre siècle de blasés Et de… Schopenhauerisés, C’est quelque chose ! La plume au vent, l’air éveillé, Sur le trottoir sec ou mouillé Qu’Avril essuie ; Par les squares pleins de bébés ; Entre deux pavés embourbés, Luisants de pluie ; Au Bois, dans tous les coins soignés, Ratissés, arrosés, peignés Par nos édiles ; À Longchamps, aux Acacias, Au milieu des victorias En longues files ; Il court, vole, saute et s’en va En piquant le grain qu’il trouva D’un bec robuste, Et, par pudeur de chanter mal, Borne son modeste idéal À siffler juste ! Lecteur, ce sont petits moineaux Qu’en mes vers — comme en ces panneaux Faits pour la chasse — J’ai pris et gardés, palpitants, Et que je livre, ce printemps, Au vent qui passe ! Si tu les veux suivre un moment, Ils te mèneront prestement, Hochant la queue, De Paris — toujours en éveil, À la mer — chauffant au soleil Sa nappe bleue ! Et, si ces oiselets mignons Te paraissent des compagnons Par trop indignes, Songe, pour leur être indulgent, Qu’ils n’ont point des ailes d’argent Comme les cygnes !