French poem
20 (J’écris ces petits vers légers…)
by Jacques Normand (1848–1931)
J’écris ces petits vers légers Sous un pin que le vent caresse D’une caresse enchanteresse Où flotte un parfum d’orangers. Oh ! loin des regards étrangers Quelle savoureuse paresse… J’écris ces petits vers légers Sous un pin que le vent caresse.
Le soleil sur mon papier blanc Filtre en gouttelettes dorées, À travers les branches serrées De l’arbre au balancement lent. C’est un va-et-vient turbulent… Un vol de mouches enfiévrées… Le soleil sur mon papier blanc Filtre en gouttelettes dorées.
Nous avons déjeuné gaîment Du seul produit de notre pêche, Toute grouillante et toute fraîche Cuite sur un feu de sarment. Le safran, ce rude piment, Nous a fait la langue un peu rêche… Mais baste ! on déjeune gaîment Quand on déjeune de sa pêche !
Nos matelots pour le dessert Nous ont dit un Noël candide : Jésus, l’étoile d’or qui guide Les Rois Mages dans le désert. Et ce fut un charmant concert Grêle et naïf, dans l’air fluide… Nos matelots pour le dessert Nous ont dit un Noël candide.
Pendant toute l’après-midi Ce ne sont plus que flâneries, Demi-sommeils, traînasseries, Au hasard du corps engourdi. Lézards, sur le sol attiédi, Lézardant nos lézarderies, Pendant toute l’après-midi Nous nous plaisons aux flâneries.
De rares propos nonchalants Vont s’échangeant à l’aventure, Vantant l’ineffable nature Et les grands cieux étincelants. Au diable les sujets brûlants, Politique ou littérature ! De rares propos nonchalants Vont s’échangeant à l’aventure.
L’azur nous sourit au travers De nos paupières demi-closes, Pointillé de nuages roses Qui glissent, frêles et divers. Que nous importent tous les vers, Ô Seigneur ! et toutes les proses !… L’azur nous sourit au travers De nos paupières demi-closes.
Qu’importent tous les rêves fous Qui s’agitent en ce bas monde, Pourvu que la terre soit ronde Et qu’on soit dessus, non dessous ! En vrais païens, enivrons-nous De ces flots de lumière blonde… Qu’importent tous les rêves fous Qui s’agitent en ce bas monde !
Ne comptons ni le temps perdu, Ni les cigarettes fumées, Et méprisons les renommées Qu’achète un labeur trop ardu ! Là-bas, le soleil descendu Baise les vagues enflammées… Ne comptons ni le temps perdu, Ni les cigarettes fumées !
Le sot dira : « C’est végéter ! — C’est vivre bien ! » dira le sage. Cueillons le bonheur au passage Quand le hasard veut l’apporter, Et lézardons sans nous hâter Devant ce divin paysage… Le sot dira : « C’est végéter ! — C’est vivre bien ! » dira le sage…
J’écris ces petits vers légers Sous un pin que le vent caresse D’un caresse enchanteresse Où flotte un parfum d’orangers. Que les zéphyrs, doux messagers, Lecteur, les porte à ton adresse… J’écris ces petits vers légers Sous un pin que le vent caresse !