Versos French Jacques Normand 21 (Midi sonne au clocher de Cannes…)

French poem

21 (Midi sonne au clocher de Cannes…)

by (1848–1931)

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Midi sonne au clocher de Cannes, lentement. Sur la Croisette Je vais de ci, de là, rêveur, tout en rimant Cette amusette. Il fait un bon soleil, clair, bienfaisant et gai ; La mer scintille ; Des bateaux pavoisés le long, le long du quai Vont par flottille. Près du square Brougham tous à la queue-leu-leu, Chevaux étiques, Les fiacres découverts trottent sous le ciel bleu, Cherchant pratiques. Pour un lawn-tennis-part trois Anglais, revêtus De laine blanche, Marchent, raquette en main, secs, anguleux, pointus, Droits sur la hanche. Les deux îles là-bas étendent dans le fond Leurs formes rondes Et sur le flot d’argent qui miroite, elles font Des taches blondes. On est heureux ; on n’a ni chagrin, ni souci, Ni deuil, ni peine… Ô mignonne, avec moi venez passer ici Une quinzaine ! Quittez Paris, quittez cet éternel hiver Coiffé de givre ; Venez, quand le soleil se couche, voir la mer Aux tons de cuivre ! Délaissez les Français, délaissez l’Opéra Même Comique ; Délaissez le salon qu’un journal déclara Académique ! Refusez les dîners aux menus frelatés Connus d’avance ; Venez vous enivrer des sereines clartés De la Provence ! Venez, et nous irons tous deux sans cache-nez Et sans pelisses, Courir sur les tapis de sable satinés Par les flots lisses ! Nous nous reposerons sous les palmiers légers Qu’un rien balance, Et nous nous griserons de parfums d’orangers Et de silence ! Si votre bourse est lourde et veut que d’un kilo Quelqu’un l’allège, Autour du tapis vert, vite, à Monte-Carlo Prenons un siège. Près d’un bourgeois naïf ou d’un grec trop malin, L’âme aguerrie, Jouons l’impair, le manque ou le numéro plein Ou la série ! Venez vite, venez ! Refuser serait mal ! Pour vous distraire, Voici que justement Nice est en carnaval Et veut vous plaire. Vous mettrez une robe aux suaves couleurs Pour cette fête ; Nous prendrons un landau qu’on remplira de fleurs Par-dessus tête ; L’un et l’autre masqués, joyeux et bannissant Spleens ou névroses, Nous nous escrimerons contre chaque passant À coups de roses ! Et quand un confetti tout blanc arrivera Sur votre manche, Ô mignonne, la peau sous l’étoffe sera Encor plus blanche !